Milfontes

L’idée a été de faire une promenade sans protection aux pieds, dans le but de redécouvrir des sensations oubliées : les différentes textures du sol (sable, granit, herbes, graviers, terre, …), les températures, le vent, le soleil, l’eau….

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15 adultes civilisés et 8 enfants pleins de spontanéité, pour un total de 6 nationalités différentes, ainsi que 4 chiens, se sont retrouvés dimanche matin pour retirer leurs chaussures (sauf les chiens) et faire une petite boucle le long de la côte. Ce choix de notre part nous a obligé à prendre conscience de notre corps de manière plus complète, à découvrir notre fragilité et nos sensations, à prendre en compte notre environnement. Les difficultés du terrain nous ont obligé à avancer avec précaution, à modifier notre comportement, à rechercher la fluidité et la précision. Nos pas se sont faits plus courts, avec un genou plus fléchi, un corps petit à petit plus détendu. Nous avons traversé une zone parsemée de verre brisé, sans accident ni drame. Sans minimiser les risques. Simplement en faisant attention. L’horaire de notre balade a été conditionné par la météo, puisqu’en pleine après-midi, les chemins sableux auraient été trop chauds pour nos petits petons atrophiés par tant d’années dans des chaussures.

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A mi-chemin nous avons partagé des gâteaux sans ceci ou sans cela, mais avec plein de bonnes choses dedans. Nous avons parlé dictature portugaise, poésie américaine, sentiers de galets coréens. Nous avons constaté que les enfants gambadaient sur les pierres en toute aisance. Nous sommes revenus par un chemin de sable plus facile, puis nous avons terminé l’aventure en plongeant les pieds dans l’eau froide de l’océan, une douceur bien méritée après les efforts fournis par ces extrémités qui n’ont pas l’habitude de travailler.

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Lisbonne

Dimanche 1er mai, 16 adultes et 2 enfants (4 et 6 ans), venus de quatre pays différents, ont fait le choix de sentir et percevoir Lisbonne sous leurs pieds.

Pieds nus dans l’herbe nous avons discuté pendant 15 minutes, on a parlé de la chaussure, du pied, de l’être humain en tant que créature fragile, sensible et sensorielle, de l’importance de ces sensations et du mécanisme de « feedback » , de posture, de technique et de comportement. Puis quelques exercices très simples nous ont aidé à mieux sentir certains points-clés, comprendre certains concepts. Enfin, tous ensemble nous avons couru 1500 mètres sur un goudron très dur et légèrement rugueux, tous très attentifs à ce que la plante de nos pieds pouvait bien nous raconter.

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Puis la discussion a continué, questions-réponses, quelques bons livres à lire, développer un regard critique sur le discours des marques et des médias, nous avons mangé des pommes et bu de l’eau. Voici la traduction de cette interview sur le blog Correr Na Cidade. Merci Filipe Gil.

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Tu as organisé une rencontre au Portugal, quel était l’objectif ?

J’ai voulu communiquer sur l’importance des exercices pieds nus pour apprendre à courir correctement, pour corriger sa technique de course. Je vois que la majorité des coureurs amateurs ne savent pas courir et souffrent de beaucoup de blessures. J’ai voulu expliquer que avant de vouloir participer à des courses, il faut apprendre à courir, et que le meilleur professeur pour cet apprentissage est le pied nu. L’idée c’est d’aider les gens à courir mieux, avec moins de blessures et avec plus de plaisir. Nous avons eu un événement très sympa, avec 18 personnes. Nous avons appris à sentir le sol avec la plante de nos pieds et grâce à cette sensation, à corriger notre technique de course.

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Il y a beaucoup de gens qui courent pieds nus au Portugal ou c’est encore confidentiel ?

Nous sommes plus de 200 personnes sur la page facebook « Correr Descalço Portugal ». Je crois que beaucoup de gens trouvent l’idée intéressante et comprennent les bénéfices de la pratique, mais n’osent pas faire le premier pas, par manque d’information, et peut-être par peur des critiques également. Ça n’est pas toujours facile de faire quelque chose que la société ne comprend pas et à laquelle elle n’encourage pas.

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C’est une manière alternative de vivre la course ?

Mon entrainement est pieds nus à 90%. Oui pour moi, c’est effectivement une philosophie de vie alternative. A chaque fois que je coure j’affirme que je veux vivre et sentir mon corps de manière complète. Je cherche une certaine liberté, je veux pouvoir dire un jour « mon corps n’est plus dépendant du plastique pour pouvoir vivre et avancer ». Mais même sans l’aspect philosophique, tous les coureurs devraient faire des exercices pieds nus deux ou trois fois par semaine, toutes les semaines, pour bien sentir la précision et la précaution nécessaires, afin de développer une technique fluide et avec moins d’impacts.

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Quels sont les bénéfices pour le coureur ?

La course sans protection nous oblige à comprendre le corps de manière complète. Pieds nus, nous comprenons que les sensations font partie de l’expérience et nous enseignent comment courir de manière plus intelligente, plus précise, plus respectueuse de notre corps. Nous apprenons à corriger notre technique, notre posture, et notre comportement également. Nous apprenons à mieux comprendre la douleur. A respecter nos limites. Nous apprenons aussi à être plus détendus, puisque les nerfs du pieds sont reliés à tout le corps. Egalement, la course pieds nus permet de développer le pied : force (muscles), flexibilité (tendons et ligaments), résistance (les 26 os du pied). Beaucoup de coureurs ont des jambes très fortes et des pieds très faibles, ce qui crée un déséquilibre et peut provoquer des blessures.

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Est-il possible de s’entraîner pieds nus et utiliser des chaussures pour les courses ? Ou bien faut-il abandonner définitivement les chaussures ?

Tout à fait, il est parfaitement possible de s’entraîner pieds nus et continuer à courir en chaussures. Scott Jurek explique très bien que « le pied nu ne doit pas souffrir d’une approche tout-ou-rien. C’est un simple outil qui permet d’améliorer l’expérience de la course, chaussée ou non » . Tout ce que nous apprenons avec le pied-nu, nous pouvons ensuite l’utiliser quand nous courons en chaussure. Scott Jurek, Mo Farah, Anton Krupicka, tous courent pieds nus plusieurs fois par semaine pour perfectionner leur technique de course

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Quels conseils donnes-tu à ceux qui souhaitent commencer ?

Commencer directement sur des sols durs, genre goudron. Pour sentir et comprendre que le sol est dur, et ainsi commencer à développer une réponse moins agressive, plus fluide et respectueuse du corps. Avoir confiance dans ses sensations. Oublier tout objectif de distance ou de vitesse, laisser le GPS à la maison. Les premiers mois, il ne s’agit pas d’entraînement, il s’agit simplement de découvrir son corps, rechercher le mouvement, sentir, jouer, s’amuser, perfectionner, se tromper, corriger, grandir. Il faut commencer par des sessions de 5 à 10 minutes maximum. Courir sur la plage est très agréable, mais le sable est trop permissif et ne nous invite pas à remettre en question notre technique.

Pour ceux qui veulent plus d’information, l’excellent livre de KB Saxton est à lire absolument, ou bien ces deux pages du même auteur : ici et

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Les termes pronateur / supinateur font-ils encore sens ?

Effectivement, la question de la pronation / supination est un problème qui est né avec la chaussure. Avec de l’expérience, le coureur sans protection va apprendre à poser le pied au sol et à retirer le pied du sol avec délicatesse, précision, sans impact ni frottement, et sans erreur de pronation ou supination. Juste un atterrissage subtil suivi d’un décollage.

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A ton avis, l’industrie de la chaussure se trompe-t-elle complètement, ou il y a encore des marques qui font les choses correctement ?

Le grand champion Gordon Pirie (Running Fast and Injury Free) explique bien que la chaussure la plus intelligente est celle qui reste la plus simple possible, sans amorti, ni drop ni soutien plantaire. Juste une protection entre le pied et le sol pour oublier les difficultés du sol (verre, cailloux…)

Pour moi, le grand problème est le discours des marques et de la télé. Elles affirment constamment que la course est un sport avec beaucoup d’impact, et que nous avons nécessairement besoin d’amorti et de technologie pour supporter ce soi-disant impact. Il nous faut changer de point de vue et affirmer le contraire : courir avec une bonne technique ne provoque aucun impact et aucune blessure dans le corps. Gordon Pirie a couru plus de 340.000 km sans aucune blessure, parce qu’il a toujours couru avec une technique parfaite. Et le meilleur outil pour arriver à cette technique parfaite, c’est le pied nu, car il sent précisément et instantanément ce que nous faisons.

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Personne n’oublie l’image de Tarzan pieds nus sur le semi-marathon de Lisbonne en 2014. Comment a évolué ta pratique de la course depuis ?

J’ai couru ce semi à peine un an après avoir commencé les exercices pieds nus. Ça a été la course la plus rapide de ma vie (1h26) et ça m’a procuré beaucoup de satisfaction. Mais j’ai aussi senti que tout ça était arrivé beaucoup trop vite, et que je ne laissais pas suffisamment de temps à mon corps et à mon esprit pour accepter et assimiler toute la sagesse de la course pieds nus. Peu à peu j’ai compris que je devais être moins pressé dans la réalisation de mes objectifs. Cela fait déjà un an et demi que je n’ai pas fait de courses, mais je continue à m’entraîner de manière intense toutes les semaines. J’ai plein d’objectifs en tête  :)

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Lesquels ?

Après l’été, je voudrais courir la Rota Vicentina, de Porto Covo jusqu’à Sagres, en quelques jours avec un ami. Pieds nus quand ça sera possible, chaussé quand ça sera nécessaire pour mes petits pieds encore trop civilisés.

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le conditionnement : décryptage

L’année dernière à la même époque je courais un semi-marathon, les pieds nus et avec un stupide caleçon léopard. Bien que je sois arrivé 27 longues minutes après le champion, l’image était suffisamment percutante pour que j’aie le droit à une interview dans un blog spécialisé, suite à quoi je refusais à trois reprises de participer à des émissions de télévision ou de radio portugaises. Jouer le rôle de l’original pendant trois minutes sur un plateau du genre Laurent Ruquier et essuyer des vannes sans avoir la moindre chance de pouvoir expliquer la pertinence et la philosophie de ma pratique ne m’intéressait pas plus que ça.

Mais la semaine dernière, la télévision est revenue frapper à ma porte avec une proposition plus intéressante : 10 minutes rien que pour ma pomme (et mes pieds), avec un entretien d’une heure trente, au calme, et un tournage chez moi dans ma province.

Il s’agit de RTP Running, je suis très critique vis-à-vis de ce programme et j’explique pourquoi plus bas, mais on m’offrait là une opportunité unique de sensibiliser une large audience à l’importance du pied-nu et de promouvoir une image « cool » de la course sans chaussure. Le pied-nu souffre d’une image catastrophique et aujourd’hui malheureusement, l’image c’est primordial. J’ai échoué dans les négociations, et dû accepter de porter le t-shirt du sponsor, fabriqué en Chine dans des conditions humaines et environnementales que je préfère ignorer, mais si le résultat final peut aider ne serait-ce qu’une ou deux personnes à ne plus se faire de blessures en pratiquant la course à pied, et à comprendre que la solution aux lésions n’est pas dans le produit manufacturé mais dans le corps et la technique, je considère que j’ai eu raison d’accepter l’invitation.

L’interview m’a un peu stressé, essayer de faire passer mes idées au cours d’une conversation cadrée au millimètre par le producteur, tout ça dans une langue qui n’est pas la mienne, pas facile. Je pense avoir réussi à placer quelques notions essentielles : courir pieds nus c’est apprendre à courir correctement, écouter son corps, corriger sa foulée, courir avec conscience et précaution, développer une vision pacifiée et harmonieuse de la pratique sportive, rechercher la précision, les sensations, le bien-être, développer une compréhension plus globale (holistique ?) du corps, de l’esprit et de l’environnement (dans le sens : ce qui « m’environne »), abandonner ses peurs, reprendre confiance en soi, etc, etc. Les quelques idées faussement dangereuses pour le système ont été écartées au montage (« je cours sans consommer », « l’équipement est un piège »), on ne peut pas trop en demander non plus, je suis déjà plus que satisfait du résultat. Pour ceux que ça intéresse, le clip est visible par là, mais je préfère avertir les punks et autres âmes un peu trop sensibles, on pénètre ici dans le monde verni et aseptisé de la communication pure et dure, attention les yeux !

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Tout ceci étant dit, voici maintenant un décryptage de ce programme à la manière d’Acrimed, qui va nous aider à mieux comprendre les ficelles utilisées avec ruse et brio par le couple « média / marques ». J’analyse ici le premier épisode de cette série, visible en cliquant sur ce lien :

http://www.rtp.pt/play/p1661/e168869/rtp-running

– Premièrement, il faut savoir que cette émission est intégralement financée par Sport Zone, le concurrent portugais de Décathlon (et très partiellement par Rexona, un produit conçu pour empêcher volontairement le bon fonctionnement de notre transpiration). Concrètement cela signifie que Sport Zone investit dans de l’espace audiovisuel, pour diffuser à niveau national une image positive de la course à pied et dans le même temps placer ses produits. Chaque épisode est diffusé quatre fois dans la semaine.

– Deuxièmement, le programme est diffusé sur la chaîne RTP Information. Le mot Information apparaît donc à l’écran pendant toute la diffusion du programme : on nous fait croire qu’on nous informe, alors que le seul objectif est de nous inonder d’images hyper-léchées de produits manufacturés associés à tout un tas de valeurs positives.

– Dans la première partie du programme, l’héroïne de tous les jours développe un argumentaire vantant tous les aspects de sa pratique sportive : « thérapie, dépassement de soi, partage, amitié, une manière d’être dans la vie, plaisir, fête, rêve », et dans le même temps les images nous montrent une femme professionnelle, épanouie, ambitieuse et dynamique. Elle court avec des Nike, et des Reebok, offertes par Sport Zone.

– Mais soudainement, son discours change de ton. Elle nous alerte sur les dangers de cette pratique : « en courant on risque de se faire des blessures, et c’est pourquoi il faut acheter des chaussures adaptées à notre type de foulée ». Il y a au moins trois grandes stratégies marketing cachées dans cette unique phrase.

1/ Il s’agit de faire perdre toute confiance en soi au téléspectateur. On vient de lui faire goûter au Nirvana mais on lui explique maintenant qu’il n’est pas capable d’y arriver tout seul, qu’il risque des blessures s’il essaye par lui-même. Heureusement, le produit manufacturé est là pour répondre à ce problème : en achetant ledit produit, je pourrai moi aussi m’approcher du 7ème ciel.

2/ Le coup de la chaussure adaptée à la foulée est un grand classique, c’est comme les capsules de café adaptées aux gauchers constipés ou les yaourts adaptés aux femmes enceintes qui font du patin à glace le samedi après-midi entre copines : on segmente autant que possible, on explique que pour chaque individu il existe une réponse personnalisée.

3/ Et enfin dernière arnaque, on nous laisse croire que le type de foulée serait quelque chose d’inscrit en nous, une tare génétique avec laquelle nous serions nés, figée, immuable, et qu’il faudrait nécessairement rectifier avec du plastique. On ne nous dira surtout pas que cette foulée on peut la travailler, l’affiner, la perfectionner, par exemple en écoutant ce que nous dit la plante de nos pieds.

Madame Tout-le-Monde ayant préparé le terrain, le téléspectateur est désormais prêt et en condition pour recevoir le coup de grâce, l’argument ultime, celui qui fonctionne à tous les coups, c’est-à-dire l’argument d’autorité, la blouse blanche, la cravate, le diplôme : dans le cas présent il s’appelle le « spécialiste », spécialiste de quoi on ne sait pas, mais spécialiste quand même. Pour nous embrouiller, le spécialiste nous assomme en quelques secondes de chiffres bidons et de mots compliqués, à la télé ça va vite et on a pas le temps de prendre de la distance avec l’information avancée, mais notre inconscient lui imprime bien sagement le message alarmiste qu’on lui envoie.

En y regardant de plus près on voit cependant que le spécialiste raconte tout et surtout n’importe quoi :

1/ Il nous assure d’abord que « à chaque foulée, le poids du coureur est multiplié par trois ». C’est faux : un coureur n’ayant jamais utilisé de chaussures ne dépasse pas les 1,9X son propre poids, KB Saxton le prouve ici. Entre un facteur 1.9 et un facteur 3, la différence de poids est multipliée par plus de deux, on est donc clairement dans le domaine de la lourde intox, à tendance anxiogène.

2/ Ensuite, le spécialiste explique que « la chaussure doit aider à réduire cet impact ». L’homme de communication a bien choisi son vocabulaire, il parle volontairement d’impact alors que le coureur, pour ne pas se blesser, doit tout simplement rechercher le contact avec le sol et éviter l’impact à tout prix. La sémantique guerrière et traumatisante pour pousser à l’achat et à la surprotection. Toujours sur la même vidéo, KB Saxton montre une courbe parfaitement sinusoïdale, c’est à dire une répartition parfaite de son poids dans le temps sans le moindre choc ou impact visible.

3/ Et enfin, les mots compliqués : « pronation, supination, test de foulée, 7% de différence, compenser avec des chaussures adaptées ». On nage en pleine mystification pseudo-médicale. Il se trouve que le coureur pieds nus se moque complètement de savoir s’il est « pronateur », « supinateur » ou « universel », le coureur pieds nus cherche tout simplement à sentir ce qui est bon pour la plante de ses pieds, et si c’est bon pour les pieds alors c’est bon pour le reste du corps. Le coureur naturel apprend naturellement à ne pas se faire mal, parce qu’il sent instantanément et précisément ce qu’il fait, à chaque pas, à chaque seconde de sa pratique.

Le programme se termine et fait place à une page de pub : Sport Zone, viagra et automobile, je n’invente rien.

Voilà ! On a donc ici 13 minutes de brillante manipulation, mais puisque ce message est répété inlassablement depuis tant d’années par l’ensemble du système (professionnels du sport compris), tout le monde finit par y croire sans jamais le remettre en question, sans même voir l’évidence : non ça n’est pas comme ça que le corps et l’esprit fonctionnent proprement. Nous sommes clairement en présence d’une méthode de conditionnement dénoncée par A. Huxley dans son roman d’anticipation « Le Meilleur des Mondes » et brillamment mise en scène par E. Orsenna dans son roman « Mali, ô Mali » 2.

Chaque fois que je cours pieds nus en compétition, beaucoup de personnes conditionnées par le discours dominant ont la même réaction-réflexe dénuée de la moindre réflexion : je suis en train de me détruire le corps (dos, genoux, tendons, colonne, cheville, on m’a mis en garde sur à peu près tout) parce que j’ai obligatoirement besoin d’amortissement sous le pied (et parallèlement de protéine animale). A ceux qui en doutaient encore : la publicité ça fonctionne, son efficacité est redoutable. Notre compréhension de la vie, du corps et de l’esprit a été intégralement façonnée par Nike. Nous comprenons et analysons le monde à travers le prisme des marques et du produit de consommation, la base de notre réflexion est le produit de consommation.

Tout ça serait rigolo et sympathique s’il n’y avait pas autant de blessures chez les pratiquants de ce sport (justement à cause de l’amorti, qui nous autorise à faire n’importe quoi, je me permets d’insister sur ce point). Tout ça serait rigolo si ça ne concernait que la course à pied mais malheureusement, si aujourd’hui nous avons complètement accepté l’idée que nous avons besoin de produits de consommation à tous les instants de notre quotidien, c’est bien que l’omniprésente publicité a opéré ce travail de conditionnement à toutes les strates (santé, beauté, alimentation, confort, transport, etc) avec le plus grand succès depuis le jour de notre naissance. Mais ça, c’est parce que nous le valons bien.

J’ai ouvert les yeux sur la chaussure, il me reste à faire le même travail pour tout le reste.

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1 Aldous Huxley dans « Le meilleur des mondes » (1932) : « nous conditionnons les masses à raffoler de tous les sports de plein air. En même temps nous faisons le nécessaire pour que tous les sports de plein air entraînent l’emploi d’appareils compliqués. De sorte qu’on consomme des articles manufacturés, aussi bien que du transport. »

2 Erik Orsenna dans « Mali, ô Mali » (2014). Dans un camp de réfugiés : « Trois fois le cordonnier répéta « malheureux », avant que la femme lui saisisse l’épaule et l’oblige à s’expliquer : « Mes enfants… Pourquoi ‘‘malheureux’’ ? » Il lui prit la main et commença par la rassurer. Pour le moment, à leur âge tendre, ses rejetons ne risquaient rien. Mais s’ils continuaient d’aller pieds nus, la corne qui se formait sur les plantes allait remonter par les jambes et risquait un jour, plus tard, de gagner le cœur (« Oh, mon Dieu », gémissait la femme), « tu imagines le cœur entouré de cette corne, comment veux-tu qu’il batte ? » – Oh, mon Dieu, oh, mon Dieu, gémit la femme, mais je n’ai rien pour payer ! – Je pratique le crédit et, pour les ennuis graves, les plus bas prix du monde. La femme bondit hors de la tente et courut chercher ses enfants. »

Mise à jour 25/10/2015 :
un joli « publireportage » sur le site lemonde.fr, présenté ici aussi comme de l’information. On retrouve ici les mêmes « éléments de langage » : « attaquer le sol avec le talon », « pronation », « supination », « analyse de foulée », « amorti » avec tous les produits adaptés, tout ça présenté par un vendeur Asics. Que du bonheur.

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Winter is coming

Si la chaussure est une imposture, alors le chauffage est un traquenard et le froid une illusion. Marcher sur des cailloux n’avait jamais été douloureux pour personne, bien au contraire, cela avait toujours été une danse, une joie, une thérapie, une évidence. J’en veux pour preuve mon petit voisin Maurice qui court plein d’allégresse sur du gravier.

Maurice

De la même manière, prendre des douches froides n’a rien de masochiste, c’est à chaque fois une fête, une célébration, une médecine douce, un acte sensé. Les mécanismes qui sont en jeu avec la chaussure et le pied sont les mêmes que ceux qui s’opèrent avec le chauffage et l’ensemble du corps humain. Il convient donc de bien les comprendre.

– par l’usage quotidien de la chaussure, le pied n’est jamais stimulé et s’affaiblit (muscles, tendons, os, circulation sanguine, etc…). L’homme devient alors prisonnier de sa propre invention puisqu’il n’est plus capable de marcher 10 mètres sans protection. De plus, l’affaiblissement de ses pieds a de lourdes répercussions sur sa santé physique et mentale, sa manière de se mouvoir, mais aussi sur sa conception du monde : le sol serait un danger dont il faudrait à tout prix se protéger. Au final, quand un énergumène court un marathon pieds nus tout le monde trouve ça incroyable ou débile alors que c’est la chose la plus évidente du monde. Ça c’est pour la chaussure, mais on le savait déjà. Qu’en est-il du froid et du chaud ?

– par l’usage systématique du chauffage central, le corps et l’esprit ne sont plus stimulés et s’encroûtent. L’homme devient frileux, son système immunitaire défaillant, sa circulation sanguine vacillante, son humeur maussade. Le cercle vicieux s’installe, le froid représente une menace, l’homme ne tolère plus la moindre baisse de température, il a besoin de plus en plus de confort à la maison et d’équipement pour sortir de chez lui.

Pourtant, il n’en a pas toujours été ainsi.

Selon la chercheuse E. Gallo, le confort thermique est une notion toute récente, apparue en Europe après la 2nde Guerre Mondiale. « C’est fondamentalement un comportement culturel » nous explique-t-elle. Les premières tentatives de chauffage central sont faites pour des serres horticoles, puis pour des couveuses à poussins, le séchage industriel, le conditionnement des vers à soie…  La production de fruits hors saison passe bien avant le confort individuel. L’idée de chauffer de manière homogène les espaces habités par les humains arrive en dernier, et les lieux ciblés apparaissent dans l’ordre suivant : bibliothèques, musées, salles d’hôpital, bureaux, puis appartements en dernier lieux. En 1937, André Missenard, polytechnicien, fabriquant de systèmes de chauffage recommande des températures entre 16 et 18°c pour les pièces à vivre, 10°c pour les chambres à coucher, et entre 14 et 18° pour les chambres des personnes malades. Le vendeur de chaleur met en garde ses clients : « pour les adultes et surtout les enfants sains, les climats artificiels doivent être utilisés avec beaucoup de circonspection car une vie trop douce est amollissante (…) et corruptrice ». Comme à chaque fois dans l’histoire du progrès, ce sont d’abord les riches et les puissants qui en veulent plus : dès le XIXème siècle les barbus de l’Assemblée Nationale exigent des t° entre 19 et 21°c. En 1934,  les immeubles de luxe sont réglés à 20°c, pour être au-dessus du « grand confort » (dixit le bureau d’étude Veritas) que représente la barre des 18°c. Il faut dire que le père Descartes dans son fameux Discours de la Méthode nous vendait le foyer chaleureux comme un lieu d’épanouissement intellectuel.

Ces températures aujourd’hui nous paraissent inacceptables. C’est bien la preuve que nos corps ne fonctionnent plus. Nous sommes devenus de bonnes grosses chochottes. En moins d’un siècle. Ce même siècle qui a ravagé la planète. En effet, si ce dysfonctionnement de nos corps a un impact direct sur notre santé, il a également un lourd impact sur l’environnement. Par exemple, le chauffage des logements et bureaux français est responsable de 15% des émissions françaises de gaz à effet de serre (notamment : méthane et CO2). Le chauffage électrique (45% des nouveaux logements) est en grande partie issu du nucléaire. Le pied faible pollueur à travers la chaussure. Le corps frileux à travers le chauffage.

On n’attrape pas froid par les pieds, que ce soit bien clair. On attrape froid par des pieds affaiblis par la chaussure. L’hiver passé, les copains de la Barefoot Runners Society ont organisé un petit concours : Lee a cumulé 485 km pieds nus à des t° négatives. Bob a couru plus d’un km à -33°c sans chaussure. Yvonne a couru 25 km en une seule fois à -11°c. Parce que c’est marrant.

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On est pas obligé de s’amuser autant que ces joyeux lurons, mais jetons un coup d’œil à l’Histoire.

En Islande en 1057, « l’hiver qui suivit fut tellement doux qu’il n’y eu aucune gelée au sol, et les hommes continuèrent à se rendre à l’église de Yule-Tide les pieds nus ».

En 1570, les chefs Irlandais sont représentés sans chaussure :

En Irlande toujours, mais en 1846, une riche fermière explique : « mettre des chaussures et ça serait ma mort assurée. Quand je sors, je ne peux pas faire 10 mètres sans avoir les pieds trempés. Mais si je marche pieds nus, mes pieds mouillés restent chauds et dès que je reviens à la maison ils sèchent devant la cheminée. On ne prend pas froid parce qu’on a les pieds mouillés, on prend froid parce qu’on reste dans des chaussures trempées. »

En 1866, un Londonien en visite à Glasgow (Ecosse) fait la remarque suivante : « C’est incroyable ! Cela fait deux heures que je regarde par ma fenêtre, je n’ai jamais vu autant de personnes pieds nus de toute ma vie ! (…) Ces femmes habillées plus que confortablement, portant mêmes des boucles d’oreilles ou des broches, mais la plupart sans chaussures »

En 1898, les Inuits Aléoutes de l’ile de de Kodiak (Alaska) sont décrits de la sorte : « ils ne portent pas de chaussure, vont toujours pieds nus, et sont entièrement nus à la maison ». Des enfants Aléoutes en 1938 :

Un Amérindien Nootka (peuple exterminé par la malaria des colons) dans la région de Vancouver (Canada) :

Selknams (ou Onas selon l’appellation), de Terre de Feu. Ils seront montrés comme des singes à l’Exposition Universelle de Paris, puis exterminés sans relâche par Julius Popper :

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Faire la liste de ces tribus Amérindiennes résistantes au froid et exterminées par les Découvreurs serait interminable. Les types, d’une étaient en bonne santé, et de deux ne pourrissaient pas la planète, de vrais barbares qu’on a bien fait de zigouiller.

Je suis frileux. A la piscine j’ai toujours été le premier à grelotter et à avoir les lèvres bleues. Les hivers au Portugal sont particulièrement terribles, même les Polonais le disent, à cause de l’humidité d’une part, et parce qu’il fait aussi froid dehors que dedans d’autre part. Comme je n’arriverai jamais à chauffer cette baraque, j’ai décidé de prendre le problème à l’envers et de développer ma résistance au froid. Depuis mars, je n’ai pris que cinq douches chaudes. Aujourd’hui il fait 17°, dedans comme dehors, et je viens de prendre une nouvelle douche froide. Le jeu est de plus en plus facile mais je sais qu’il va me falloir encore de longues années avant de développer une vraie résistance au froid. Il faut au moins deux ans pour un marathon pieds nus, alors s’habituer au froid…

Néanmoins, les bénéfices à court terme sont déjà là, et ça je ne m’y attendais pas. Je suis plus détendu, ma tension artérielle se stabilise, je me sens plus courageux, moins casanier, plus dynamique, plus éveillé, moins facilement déprimé, plus stable dans mes émotions, je ne suis pas tombé malade depuis janvier ( je venais de courir 50 km sous la pluie et ne jouais pas encore à la douche froide). Le froid participe à la bonne santé, physique et mentale et c’est comme ça. Je n’ai pas fait le tour des études qui expliquent le pourquoi du comment des bienfaits de la douche froide, je me fous de savoir ce que la science et la médecine pensent de ça. We don’t need no stinkin studies.

Si courir pieds nus est bon pour le corps et pour la tête, alors courir à poil dans la neige doit certainement être la plus complète des thérapies.

Sources :
– l’historique du chauffage est tiré du livre de J. Lindgaard : Je crise climatique – Editions La Découverte – 2014
– tous les exemples du pied nu dans l’Histoire proviennent du blog ahcuah.wordpress.com

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En 2009 en arrivant au Portugal ma tension artérielle était tellement haute que le médecin a souhaité que je prenne des cachetons pour contrôler tout ça. La conversation n’a pas duré 10 minutes, il ne m’a pas demandé ce que je mangeais, ni comment je vivais, comment je me chaussais, comment je respirais, etc… Non, il m’a juste « ordonné » de prendre des médicaments chimiques, que je n’ai pas pris.

Le dermatologue en 2010 m’a fait le même coup : « effectivement, vous avez de l’acné, reprenez donc une petite dose de roaccutane, merci au revoir, personne suivante svp ». D’où vient mon acné ? Je n’en sais toujours rien, mais qui est-ce que ça intéresse ?

En 2013 j’ai commencé à retirer mes chaussures, à respirer par le nez (même en sprint, au moins pour l’inspire), à m’asseoir accroupi, en tailleur, en seiza, j’ai arrêté le coca, les haribo, le sel raffiné, la bouffe industrielle, les gros oreillers et les matelas moelleux, les douches chaudes (à part en plein hiver). Petit à petit j’ai arrêté de me faire des blessures en course à pied, j’ai progressé, sur la vitesse, sur la distance, mais surtout sur la fluidité, chose plus difficilement mesurable…

Hier, ma tension a été mesurée à 120 / 75. Pour la première fois de toute ma vie le docteur n’a pas dit « c’est un peu haut » ni « c’est beaucoup trop haut », il a juste dit « pile poil comme il faut » (et en français, quelle classe !).

Il se trouve que des études suggèrent que la marche pieds nus sur des cailloux aide à réguler la tension artérielle de manière bien plus efficace que la marche chaussée sur du goudron. (Je n’aime pas les études, on peut leur faire dire ce qu’on veut, mais quand elles vont dans le sens de mon propos je ne me gêne pas pour les citer et nourrir mon argumentaire avec. Ne jamais croire un type qui vous sort des études scientifiques pour vous convaincre de quoi que ce soit ^^).

Ce docteur de 2009 ne m’a rien expliqué, ni du corps ni de l’esprit. Il m’a fait croire que mon hypertension était le problème et m’a proposé une réponse chimique et ciblée pour le résoudre. Je l’ai presque cru, la figure du médecin derrière son beau bureau, son stylo Mont-Blanc, son diplôme reconnu par le système, c’est ainsi… Mais le fait est que les choses sont autrement différentes. Mon hypertension n’était absolument pas le problème mais bel et bien le signal visible et quantifiable d’une utilisation déboussolée de mon corps, déboussolant logiquement mon esprit. L’être humain, un système ultra-complexe et profondément déséquilibré (par la chaussure, le sucre, la chaise, etc…) que l’on prétend réparer par l’injection d’une ou deux molécules de synthèse.

Prendre des pilules pour régler le problème c’est comme mettre des chaussures pour éviter de se faire mal aux genoux et au dos : c’est étouffer les signaux que nous envoie le corps, et se permettre de continuer à faire n’importe quoi.

Au mois de février j’ai hébergé ce Coréen qui voyageait à vélo. Le type avait bossé 10 ans pour une boite suisse de médicaments (celle qui fabrique le roaccutane ? je ne sais plus). Il était payé pour faire du lobbying auprès des médecins et des pharmaciens afin que ceux-ci refourguent la came à leurs clients pigeons toxicos patients. Il garde de cette expérience une amertume certaine.

Il ne s’agit pas de santé, ni de bien-être, le système ne fonctionne qu’à travers le business, la chaussure comme le cacheton.Les vraies réponses ne coûtent rien, c’est bien pour ça que personne n’a intérêt à nous les proposer.

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we dont need no stinkin’ shoes

Je vais arrêter ici la rédaction de ce blog.
Je pourrais continuer sur des pages et des pages : la chaise, le matelas, les podologues, la semelle orthopédique, le talon, le soutien plantaire, l’alimentation, la mode, la médecine, la science, la presse, mais j’ai besoin de passer à autre chose.

De la chaussure je retiens ces grandes conclusions :

– elle est mauvaise pour le corps (pied, posture, genoux, hanches, respiration, marche à pied, course à pied, flexibilité)
– elle est mauvaise pour l’esprit (stress, confiance en soi, appréhension du monde réel…)
– elle est mauvaise pour la planète (plastique et textiles synthétiques made in Pakistan)
– elle transforme l’Homme en consommateur, mais également en « gros bourrin » qui n’écoute plus ses sensations mais croit qu’il est capable de tout avec un bon investissement
– son usage ne s’est généralisé que depuis deux ou trois siècles (et encore…), même en Écosse, même en Islande, même en Irlande…
– le groupe, la société, t’obligent à la porter (pieds nus interdits dans certains transports en commun français !)
– il faut plusieurs années pour se défaire de cette mauvaise habitude et retrouver un contact agréable avec la réalité
– les podologues et autres professionnels du pied ne savent rien, n’ont jamais vu un pied normal et sain de toute leur vie (c’est incroyable ça quand même, non ?) et recommandent des semelles orthopédiques à tour de bras pour soigner des problèmes qui n’existeraient pas sans la chaussure. Ces semelles viennent fragiliser encore plus l’organisme
– le business de la santé s’organise autour de ces problèmes créés par la chaussure (stress, mal de dos, …)
– la presse sportive ne parle jamais du pied nu, puisqu’il n’y a rien à vendre
– les « chercheurs » et les soi-disant « études scientifiques » cherchent depuis des années à savoir s’il vaut mieux marcher/courir en chaussure que pieds nus… Comme si on avait besoin d’études pour connaître la réponse. Comme si la question se posait (sérieusement, quoi). Malgré ça, eux n’ont toujours pas trouvé la réponse.

Voilà.

Le constat est assez alarmant, mais il ne s’agit que de la chaussure, donc tout va bien.

Malheureusement non, toutes ces conclusions sont également vraies pour tout le reste : le matelas, la chaise, la table, l’alimentation, la mode, le pétrole, les téléphones intelligents, etc, etc, etc, etc….

Je dors par terre, je mange par terre, je m’assois par terre, je cours à moitié nu. C’est meilleur pour mon corps, pour mon esprit, pour l’environnement, pour le trou de la sécu. En plus de ça, ma vie est bien plus belle qu’avant, je sens le monde, je sens la vie. Mais le groupe ne comprend pas, et continue à me montrer du doigt à chaque sortie.

En un an j’ai construit mes pieds et appris beaucoup de choses sur mon corps, sur la société et sur le groupe. Il me reste maintenant à devenir plus philosophe et accepter ces remarques quasi-quotidiennes avec détachement et amusement, voilà qui ne va pas être facile…

« We dont need no stinkin’ shoes ! »

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Super Size Me

Récemment je suis allé à une soirée costumée, c’était bien on a bien rigolé. Comme j’avais déjà fait Tarzan l’homme de la jungle pour le semi-marathon (ah, vivement le prochain !), cette fois-ci je me suis dit je vais faire le contraire et me déguiser en homme moderne et civilisé (et arrogant ?). L’expérience a été passionnante, un genre de « Super Size Me » à ma façon, qui heureusement n’a duré que quelques heures. Petit décryptage.

Les pieds

Aïe ! Chaussures trop étroites, pieds gonflés, perte de l’équilibre, talon surélevé mauvais pour ma posture, position verticale difficile à tenir, perte de toute sensation agréable avec le sol, soutien inutile de la voûte plantaire, pieds qui puent, et chevilles écorchées (la vérité !). Les fondations de mon corps ont été agressées et étouffées dans le simple but de cacher une partie honteuse de moi-même, en les recouvrant par du qui-brille.

pied

Et le pire du pire, je suis devenu bruyant à chacun de mes pas. Insupportable, j’étais devenu incapable de me mouvoir silencieusement. Ma cousine avait choisi un déguisement similaire, version femme (donc pire) : 3 semaines après, elle avait encore des douleurs dans les pieds et ne pouvait pas marcher correctement.

Le cou

Pour rassurer le groupe et ne mettre personne mal à l’aise, j’ai moi aussi mis à mon cou une laisse satinée et ainsi exprimé mon asservissement à la société. N’ayez crainte, moi aussi je suis un clébard enchaîné et pris à la gorge par le système. Cerveau mal irrigué, symbolique du suicide par pendaison, que du bon, de quoi participer pleinement à mon épanouissement personnel et mon bien-être.

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Les joues

Quand je cours pieds nus, tout le monde s’inquiète du risque de la coupure (c’est déjà arrivé une fois, en décembre, quand j’étais encore un débutant). Mais les pieds ne sont-ils pas prévus à cet effet ? En revanche, mes joues n’ont jamais été conçues pour être entaillées quotidiennement par des lames acérées. J’ai pourtant fait le choix de me balafrer le visage jusqu’à me faire saigner (je ne suis pas très habile avec les rasoirs). En plus des coupures et des rougeurs, j’ai vu apparaître quelques boutons sur mes joues.

Les hanches

J’ai mis mon petit cul dans un pantalon drôlement serré. Du coup, impossible de m’asseoir en squat sans risquer d’exploser les coutures. Même si j’avais pu, le groupe n’aurait pas compris. Le squat est pourtant la position assise la plus intéressante qui soit, elle débloque et renforce toutes les articulations nécessaires à la marche et la course à pied (cheville, genoux et hanches, et tous les muscles et tendons qui vont avec), elle fait de nous des hommes forts et en bonne santé, facilite les accouchements, permet d’éviter les douleurs dans le dos, cancer du colon, appendicite, constipation, incontinence, hémorroïdes, …

Mes chaussures rendant ma position verticale douloureuse, j’ai vite cherché une solution à mon problème et j’ai été soulagé de découvrir qu’il y avait des chaises dans la salle, objet ô combien intéressant qui mériterait une thèse à lui tout seul, et sur lequel j’ai heureusement appris à m’asseoir dès ma plus tendre enfance.

Ah, et pour aller déféquer, il n’y avait que des trônes, ne permettant pas une évacuation saine des excréments.

Le buste

La même idée que pour les hanches. Avec ma chemise et ma veste de costard, impossible de lever les bras vers le ciel pour étirer ma colonne comme le font les chats et chiens des dizaines de fois par jour. Le buste à l’étroit dans mon costume, mon dos (déjà bien voûté par ma paresse, ma chaise et mes chaussures) n’avait pas la moindre chance de pouvoir s’ouvrir et laisser s’installer une respiration profonde et apaisante. Le stress aurait facilement pu venir s’installer, heureusement c’était la fête.

La transpiration

Je n’ai pas été jusqu’au bout de mon costume et j’ai oublié de bloquer la transpiration de mes aisselles. Je me souviens de ce film de James Bond où le méchant tue une bimbo en la recouvrant de peinture dorée, empêchant toute possibilité de transpiration…

Le nez

J’ai également oublié d’agresser mon odorat. J’aurai pu mettre du parfum toxique et sentir mauvais toute la journée, histoire de me faire bien mal au crâne.

On a bien rigolé, pour de vrai, c’était la fête et ça valait vraiment le coup de se mettre sur son 31, de jouer avec les codes sociaux et de se faire beau comme un camion. Mais pas tous les jours, si ça ne permet pas de s’épanouir correctement.

Le lendemain je suis allé courir, pieds nus, torse nu, seul, loin du groupe, à ma propre vitesse, sur ma propre distance. Les graviers ont détendu mes pieds, m’ont réveillé, ont calmé mon esprit. J’ai eu le droit à quelques remarques, « un indien dans la ville », « jésus reviens », que des choses assez gentilles cette fois-ci. La douche froide m’a invité à démarrer une nouvelle journée. J’ai fait la liste de tous les produits que j’avais utilisé : rasoir, mousse, après-rasage, chaussures, déodorant pour chaussure, costard, cravate, chaise, table, alcool, sucre. Lesquels de ces produits de consommation sont vraiment bons pour moi ? (et, question subsidiaire, lesquels sont bons pour l’environnement, haha). Je me suis alors souvenu que la France tourne au prozac depuis des années, tu m’étonnes.

A Lisbonne j’ai couru ce semi-marathon presque nu, sans aucun investissement, sans aucune douleur, sans aucun stress. Cherchez l’erreur. On se fait du mal avec ces codes sociaux sans intérêts, j’en suis persuadé, plus que jamais.

Le marié était venu en short, et ça c’était vraiment trop la classe.

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Chaussure à mon pied

Mes pieds ne sont pas encore capables de courir toutes les distances ni toutes les surfaces. Ça me frustre beaucoup, je veux courir plus. Du coup je triche (je ne devrais pas, tricher n’a jamais rendu service à personne) et je construis mes propres chaussures. 100% certifié vache locale. Avertissement, courir avec des chaussures est dangereux et réservé aux professionnels, n’essayez surtout pas de faire ça chez vous.

Investissement total : 6€. Combien de kilomètres vont-elles tenir ?

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La plage, le café, le soleil et le soutif

Tout un programme ! Et des plus alléchants,  n’est ce pas ?!

La plage

Sur le Semi-Marathon des Sables nous étions au moins 5 sans chaussure. Le sable demande moins de technique que le bitume et le blocage psychologique est moins fort. Sur 350 concurrents, nous étions les seuls à apprécier l’humidité du sable et la froidure de l’eau. Pourquoi Diable les autres sont-ils venus ? De ces va-nu-pieds, je veux garder le souvenir d’au moins deux rencontres passionnantes. Analice, la Brésilienne de 71 ans, qui au mois de mai courait pour la énième fois les 101 km de Ronda. Mais également João, qui il y a de ça dix ans pesait 105 kg et qui pour la première fois cette année a parcouru une épreuve de 100 bornes. Il s’est classé 13ème sur le semi-marathon. Je suis vraiment sensible à de tels parcours, ça me touche profondément. C’est peut-être pour ça qu’il faut continuer à faire des courses.

(210)Sur cette photo, je suis content de voir que ma technique s’affine. Le professeur m’inviterait certainement à plier les genoux encore plus, et à être encore plus vertical au niveau de l’axe tête / épaules / hanches. Mais je progresse et c’est surtout ça qui compte, Rome ne s’est pas faite en un jour. Et puis le sable n’oblige à aucune exigence, on oublie facilement d’être précis. Classement : 28ème/315 (j’étais 80ème à mi-parcours, pour pas rester en plein cagnard trop longtemps, j’ai mis le turbo sur la deuxième moitié)

Bref, une course déchaussée (c-à-d sans montre, sans boisson énergétique, etc, etc, etc…), c’est à chaque fois l’occasion de pousser ma réflexion un peu plus loin. Les deux thèmes choisis cette fois-ci seront : le café et le soleil.

Le café

Pour la première fois depuis que je participe à des compètes (donc depuis 2010), je n’ai pas pris de café avant la course. Ça a l’air con dit comme ça mais c’est un grand pas de fait. Le café est pour moi une vraie addiction (parmi tant d’autres : internet, salaire, …), la première chose à laquelle je pense dès que je me lève. Je n’en bois plus que 2 par jour parce que je me contrôle, mais si je m’écoutais je pourrais tourner à 6 ou 7. Je n’en ai pas besoin pour courir, c’est évident. Mais avant la course il y a toujours ce moment où tu attends le départ et il n’y a rien d’autre à faire qu’attendre, commencer à douter de soi ou alors essayer de penser à autre chose, comme au café par exemple. C’est la définition même d’une addiction. Cette fois-ci, la tête dans le coaltar, sans ambition chronométrique, sur une distance que je connais par cœur, je n’y ai même pas pensé. C’est une bonne chose, il n’y aura plus de café au départ de mes prochaines courses. Sans l’effet psychotrope du jus, je vis ma course pleinement, pour de vrai, sans artifice. L’altération des sens que je recherche tant ne vient plus que de moi même et de rien d’autre.

Le soleil

Ce blog vient souvent questionner notre rapport au sol, à la terre. « Flippez votre race, le sol est dangereux » nous dit-on trop souvent. Profitons de ce marathon sur la plage pour questionner cette fois-ci notre rapport à l’astre solaire. Cancer de la peau, cataracte et yeux brûlés, le discours ambiant nous met grave la pression et nous apprend à flipper du soleil. Mettez de la crème ! Mettez des lunettes ! Achetez ! Consommez ! Flippez ! Craignez cette étoile que je ne saurais voir, cette divinité païenne qui n’a rien de bon à nous offrir, qui ne peut être que mauvaise pour nos chères têtes blondes. C’est exactement la même histoire que la chaussure : on est rentré dans un système pernicieux qui voit dans la nature une menace, qui refuse de comprendre le corps humain mais qui veut trouver toutes les solutions à ses problèmes dans le produit, encore le produit, toujours le produit.

Pour obéir à des codes sociaux à la con, on passe l’année entière dans des fringues qui protègent le corps de la moindre exposition solaire. Se balader torse-nu dans les rues de Paris ou à la fenêtre du bureau doit faire à peu près le même effet que de rentrer sans chaussure chez le banquier. Malheureusement, la protection, comme on commence à le comprendre sur ce blog, affaiblit l’organisme, c’est la règle de base. Sans exposition solaire, pas de production de vitamine D, nécessaire à plein de bonnes choses, DONT, incroyable, la prévention du cancer de la peau !

Mais arrivent les grandes vacances, de nouveaux codes sociaux à la con viennent te mettre la pression, il faut obligatoirement passer sa journée sur la plage à rien foutre, pour être bronzé comme un œuf à la rentrée. Et là, c’est le drame : la peau blanche d’un zombie exposée aux rayons du soleil estival accentué par le reflet de l’océan, la cata complète. Heureusement, on vit une époque formidable, et on peut acheter les crèmes solaires. Certes, mais 90% de ces protecteurs contiennent de l’ « octyl methoxycinnamate » ou du « titanium doxide », tous deux considérés comme nocifs pour l’organisme. En plus de ça, 4 produits sur 5 offrent une mauvaise protection aux UV. On tient le bon bout.

Restent les lunettes de soleil. Certaines recherches suggèrent que porter des lunettes FAVORISE le développement du cancer de la peau. En effet, l’œil serait apte à la lire l’intensité du soleil, et envoyer des signaux à l’organisme afin qu’il adapte sa réaction face à un tel facteur externe, donc en accélérant le processus de bronzage. En le protégeant, on fait croire à l’organisme qu’il évolue dans l’obscurité. Le corps ne développe alors pas la réponse adaptée à l’environnement dans lequel il évolue.

Comme pour la chaussure, crème solaire et lunettes font croire au consommateur qu’il peut se permettre tout et n’importe quoi (courir un marathon ou passer la journée sur la plage revient à peu près au même) du moment qu’il investit dans le produit. D’où des comportements idiots, qui au final font le bonheur des marchands du système de santé. La même histoire que la chaussure. Tout pareil.

Le soutif

Hahaha, le meilleur pour la fin ! Rien à voir avec mon semi-marathon, mais Ito vient de publier un passionnant article sur la question sur son blog à elle. Voilà longtemps déjà que je voulais réfléchir à la question, mais avec un tel sujet de recherche j’ai toujours eu du mal à rester concentré plus de 5 minutes. Et puis, contrairement à la chaussure ou la crème solaire, je ne suis pas en mesure de mettre en pratique le fruit de mes réflexions sur la question. Elle a fait un travail fantastique, ça vaut vraiment le coup de prendre le temps de le lire, tout comme le reste de son blog, vraiment.

« Ôtez aux gens leur autonomie et vous obtenez des consommateurs »

Ce qu’il y a de fascinant dans son article, c’est qu’à partir d’un tout autre accessoire de notre merveilleuse société, elle arrive EXACTEMENT aux mêmes conclusions que celles de la chaussure : soutien inutile d’un organe parfait, pression sociale, méfaits à long terme, système de santé qui s’organise autours de ces méfaits, etc, etc, etc.

On vit comme des ânes (moi le premier), mais tout va pour le mieux, nous sommes l’occident riche moderne et civilisé, ne changeons rien. On n’est pas des sauvages !

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Comment les chaussures ont rendu l’homme inactif

c’est le titre d’un excellent papier pondu par Steven E Robbins sur son site. Selon l’auteur, l’humanité serait devenue fainéante et inactive le jour où elle aurait adopté l’usage généralisé des chaussures.

J’essaye de résumer ici le déroulement de sa pensée :
(et en résumant je simplifie, forcément. Ses allégations sont sourcées et ces sources sont passionnantes.)

– Actuellement, notre société occidentale moderne souffre d’une myriade de troubles de la santé directement dus à un manque d’activité physique. Ces troubles de la santé peuvent affecter gravement notre qualité de vie, voire raccourcir notre espérance de vie.

– Cette paresse, ce manque d’activité physique, dateraient seulement de la Renaissance (entre le XIV et le XVIème siècle selon les pays). Jusqu’alors, l’Homme aurait eu une vie « active », peu souvent assis, mais la plupart du temps debout, et souvent en mouvement. Le mot « sédentaire » est un néologisme qui apparait en Angleterre en 1603 pour désigner « des habitudes qui nécessitent le maintien prolongé de la position assise ». En 1662, le terme a déjà acquis une connotation négative : « personne dépendante de la position assise, qui n’est pas habitué à l’exercice physique ». Ce « sédentarisme » serait donc une habitude nouvelle en Angleterre, puisque un mot est né pour décrire ce comportement.

– La chaise, si elle existe depuis plus 5.000 ans, est plus une marque sociale symbolique choisie par les classes les plus élevées, mais très peu usitée. C’est durant cette Renaissance que la chaise devient omniprésente, au foyer ou sur le lieu de travail, pour toutes les classes sociales. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, la position assise serait devenue la norme.

Pourquoi un tel changement ? L’auteur propose la chaussure comme réponse à cette question.

– La chaussure a été portée par les élites depuis que l’homme a cessé d’être nomade, il y a de ça environ 10.000 ans. En Angleterre en 1800, on suppose que 80% de la population allait encore pieds nus.

– A la Renaissance, on observe un profond changement des habitudes : la chaussure se généralise. La part de pieds déformés connait une augmentation de 400% en moins de deux siècles. Si cette chaussure n’est pas confortable, pourquoi un peuple tout entier décide-t-il de l’adopter ?

– Pour essayer de faire face à la Peste Noire. Cette maladie a décimé entre 30 et 60% de la population européenne, sans que la médecine n’arrive à offrir de solution préventive. Toutes les idées les plus folles sont adoptées pour essayer de limiter la propagation du fléau, avec un héritage culturel grec laissant croire que les maladies proviennent de la saleté, des ordures.

Mais quel rapport entre la chaussure et le comportement « sédentaire » ? 2 mécanismes sont en jeu.

– les douleurs et déformations du pied provoquées par la chaussure rendent la position debout douloureuse.

– la plante du pied nu envoi de manière continue des signaux qui permettent au corps debout de constamment retrouver l’équilibre. Les chaussures fragilisant le pied et le coupant de toute sensation rendent cette position verticale rapidement épuisante et douloureuse.

– le cercle vicieux est lancé, les civilisations s’orientent vers des modes de vie « sédentaires », assis. Les muscles de la posture verticale ne se développent plus correctement (abdominaux par exemple). Du coup, la posture assise (sur une chaise) devient la norme, la société moderne se construit autour de cette nouvelle conception de la vie, la technologie s’engouffre dans cette faille (voitures, tables, ordinateurs, etc…), et le tour est joué, nous en sommes où nous en sommes.

L’Homme prend du bide, ne marche plus pour aller travailler, et on finit même par voir des fauteuils roulants électriques pour personnes obèses. La chaussure responsable de l’obésité est d’ailleurs traitée dans un autre article du même auteur.

– Sa conclusion rejoint les miennes (et celles de la révolution chinoise) : pour un peuple en meilleure condition physique et un système de santé moins couteux, on pourrait éduquer les gens à aller pieds nus le plus souvent possible (comme les professeurs d’arts martiaux en Indonésie), on pourrait taxer les chaussures comme on taxe l’alcool et apposer sur les cartons de chaussures des étiquettes semblables à celles qu’on voit sur les paquets de tabac : « marcher en chaussure rend con affaiblit l’organisme et provoque des troubles de la santé ».

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Jamel Balhi – Barefoot Rae

« Trois cent soixante-cinq jours se sont écoulés depuis mon départ de Notre-Dame. J’ai fait le tour des saisons mais pas tout à fait de moi-même. Mon territoire est encore parsemé de zones inexplorées. Une année à avaler des kilomètres sur une route chaotique qui mêle splendeur et ferveur. Une année de rencontres passionnantes.

La terre est ronde mais ne tourne pas rond, comme en témoignent mes détours. Comme le disait Andrew rencontré au Caire, « nous sommes nés libres mais enchaînés de toutes parts ».

Si je devais recommencer, je commettrais plus d’erreurs pour apprendre d’avantage. Je me détendrais davantage et me laisserais porter par la houle de l’aventure. Je serais encore plus naïf que je ne l’ai été au cours de ce périple-là. Je ne prendrais rien au sérieux. Je tenterais plus ma chance encore. Je déciderais d’aller plus loin. Je traverserais plus de chaînes de montagnes et plus de déserts. J’admirerais plus de couchers de soleils et je boirais davantage de cafés et de bières. J’aborderais les filles inabordables et leur raconterais des histoires incroyables. Mon imaginaire n’inventerait plus les craintes et les peurs. Je serais de ceux qui vivent en prophète, heure après heure, jour après jour. J’ai connu de sales moments, mais si c’était à refaire j’en traverserais plus encore. En fait, je ne tâcherais de ne vivre rien d’autre que des moments, une suite de moments.

Et si je devais revivre ma vie, je commencerais pieds nus, au printemps et le resterais jusqu’à la fin de l’automne. Je serais heureux. »

Jamel Balhi, dans son livre Les Routes de la Foi, contant l’un de ses nombreux voyages en course à pied, sans sponsor, sans argent, celui-ci allant de Paris à Lhassa. Wahou, j’en reste coi.

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Dans une interview : J’ai commencé à courir pour fuir. Courir pour partir. Fuir la société, fuir les choses qui ne me plaisaient pas, par refus d’une forme de société qui poussait à consommer, à vivre comme des cons, suivre des modes à la con.

Il en est une qui a vraiment fait le choix d’y aller pieds nus, c’est la magnifique Rae. En 2012, à l’âge de 18 ans, la demoiselle a couru les States, sans chaussure, d’une côte à l’autre. Avec la grâce d’une gazelle et la puissance d’un bulldozer, elle vient exploser les clichés à la dynamite. Blanche, Américaine, riche et souriante, elle nous montre combien la course pieds nus est une aventure de plaisirs et de sensations, et non pas une forme de masochisme réservée aux pauvres et aux pénitents.

rae

Quant à moi, je ronge mon frein et constate sans rien pouvoir y faire la si lente progression de mes petits petons, encore incapables d’aligner plus de 60 bornes par semaine sans commencer à frôler la zone orange…

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tristes tropiques ?

ah les DOM-TOM ! Terres à l’héritage complexe et difficile, terres de métissage, carrefours de nombreuses cultures…

 » Sous les tropiques non plus c’est pas évident de se balader pieds nus.

Sans aucune volonté de révolution, de rébellion, ni d’introspection, j’aime bien marcher pieds nus. Juste comme ça. Pour avoir le plaisir de sentir le sol, ses aspérités et aussi et surtout par flemme de chausser et déchausser mes sandales/tongs toute la journée. On les enlève pour conduire, on les remets à la station, on les renlève pour conduire, on les remet pour aller chez un pote, on les enlève pour pas salir le logement, on les oublie, on n’a plus de tongs, tant pis, tant mieux… C’est bien plus simple et agréable d’être pieds nu , surtout sous les tropiques pour les frileuses.

Et bien, je fais bien rire le chaland qui ne comprend généralement absolument pas pourquoi une nana peut se balader sans honte pieds nus, signe d’un temps révolu où les gens étaient trop pauvres pour se chausser. Chacun y va de son petit commentaire, généralement positif et moqueur, voir hilare.
Une fois, j’ai oublié mes tongs pour aller chez le kiné. Oh drame! J’ai bien cru que j’allais devoir faire l’aller retour chez moi, pour pouvoir mieux les déposer à coté du petit tapis où il me fait faire des exercices pieds nus. J’ai même eut le droit à une semi morale selon laquelle mes pieds avaient besoin de semelles relativement épaisses et que les pieds étaient mieux dans des chaussures fermées et rigides. C’est son job, je devrais l’écouter mais à 28°C…
Une fois, j’ai oublié mes chaussures (encore) en allant au centre commercial (ok, je suis étourdie). J’ai même pas eu le temps d’aller au rayon des tongs que le vigile est arrivé en COURANT pour me dire que par « raison de sécurité » (!) je devais sortir immédiatement du magasin (dont le sol était carrelé)…
Et, je ne vous parle même pas des gens bien intentionnés qu’on rencontre en randonnée…

Oh, Sylvain, comme je te comprends…
C’est souvent compliqué de simplement se balader pieds nus sans autre ambition que de passer un bon moment, sans idées d’anti-ceci ou d’anti-cela, sans avoir envie de se justifier ou supporter les commentaires et moqueries des uns ou des autres…

J’ai quelques petites questions quand même :
– Marcher pieds nus c’est bien sympa sous les tropiques, mais qd ils fait froid? Je rejoins le questionnement des autres sur ce point.
– Et en ville? J’ai presque abandonné, pas à causes des flics (qui s’en fichent royalement) mais des mini bouts de verre que je ne vois qu’une fois bien calé dans la plante de pied… Aurais tu 5 cm de corne?
– Plus jeune j’ai été voir des kinés et podologues, ils ont vraiment insisté sur l’intérêt d’avoir des chaussures avec une petite bosse au niveau de la voûte plantaire qui seraient très importante pour une histoire qu’équilibre au niveau des genoux… (pieds plats = bobo?)

Bon, j’ai un peu perdu le fil et suis partie un peu dans tous les sens avec ce commentaire de témoignages et de questions. A croire que je suis bavarde… 😉 « 

Merci Alex pour ta participation ! Tes kinés et podologues sont l’exemple fort d’une société qui est vraiment partie loin dans son délire de confort, d’assistanat et de protection, je développerai plus par la suite.

Autres tropiques, même problème. A Mana en Guyane, petit exemple amusant d’un maire dérangé par ces pieds libres venant troubler l’ordre public :

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Besopié

24 heures à Séville dans une ville en effervescence, la veille d’une semaine d’interminables processions célébrant la passion du christ dans un délire ostentatoire et festif rivalisant avec les plus grands carnavals brésiliens.

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A Séville j’ai marché les pieds nus, j’ai épousé les pavés et les galets des rues de l’ancienne médina. En moins de deux heures de temps j’ai eu le droit à deux contrôles d’identité, les agents m’expliquant que mes pieds sales étaient susceptibles d’offusquer les nombreux spectateurs venus de toute l’Espagne en costard/cravate et robe de gala, dans l’objectif de tomber des litres de bière en regardant passer les processions.

A Séville j’ai remis mes sandales puis j’ai fait 15 minutes de queue pour entrer dans une petite chapelle et déposer un pieu baiser sur les pieds nus d’un Jésus le visage ensanglanté par sa couronne d’épines.

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A Séville les « Nazarenos » à la cagoule effrayante ont déambulé sans chaussure durant une journée complète à travers la ville, en symbole de souffrance et de pénitence (ah ! si seulement ils savaient comme ça peut être bon, pour peu que le pied soit préparé à ça !).

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C’est l’hypocrisie d’une société dans toute son évidence. Mais c’est également l’occasion rêvée de questionner la bible et l’Église catholique sur le pied nu.

Dans la bible

On trouve une référence évidente au pied nu dans l’Exode, ce texte de l’ancien testament qui relate les aventures de Moïse guidant son peuple vers la liberté.  Dans l’épisode du buisson ardent, Dieu dit clairement à Moïse : « ôte tes souliers de tes pieds, car le lieu sur lequel tu te tiens est une terre sainte« . On retrouve cette même idée chez les Indiens d’Amérique, mais contrairement à eux, Dieu considère que le sol n’est sacré qu’en certains endroits bien définis.

Dans le nouveau testament, le fils de Dieu semble déjà moins regardant sur la question. Plusieurs passages nous font comprendre qu’il fait sa vie principalement en sandales. Lorsqu’il ordonne à ses 12 apôtres de partir annoncer la parole de Dieu, il les invite à faire preuve de la plus grande simplicité : un seul vêtement, pas de bâton, pas d’argent, pas de pain, pas de sac, pas de soulier, mais, des sandales ! (Marc 6.9 ). L’idée du pied nu en l’an 0 est donc déjà morte et enterrée, puisque même le fils de Dieu a besoin de protéger la plante de ses saints petons.

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Saint François

Les choses auraient pu en rester là, mais certaines figures du catholicisme réfléchissent à la question.  Au XI et XIIème siècle, on voit apparaitre en France et en Italie une profonde critique de la hiérarchie catholique, dont le train de vie et la philosophie s’éloignent de plus en plus des enseignements du christ. Les Cathares (qui, par ailleurs, étaient végétariens) sont l’un des exemples les plus représentatifs de cette critique grandissante. Trop dérangeants, ils seront massacrés par les pouvoirs religieux et politiques en place.

De plus en plus de prêcheurs charismatiques aux pieds nus invitent à reprendre le chemin d’un christianisme plus authentique. C’est dans ce contexte qu’apparaît Saint François, proposant une vie d’ascèse, d’humilité, de simplicité, tournée vers les pauvres et les nécessiteux. Ses disciples, les Franciscains, sont invités à vivre pieds nus même en hiver, « en signe de pauvreté et de mortification de la sensualité« .  La symbolique du pied nu est ici aux antipodes de celles chantées par la poésie américaine ou africaine. Toutefois, « que ceux qui sont contraints par la nécessité, puissent porter des chaussures« . Un rapide coup d’œil sur google image et on comprend que les Franciscains modernes ont tous choisi la seconde option, héhé.

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Les Papes

POPE'S RED SHOES SEEN AS HE ARRIVES IN SCOTLAND

Étrangement, les Papes se sentent peu concernés par les commandements de Jésus et préfèrent les beaux souliers civilisés à l’humble sandale souhaitée par le christ. Benoit XVI est le plus coquet d’entre tous avec ses mules papales en cuir d’un rouge étincelant. Dans un sincère souci d’humilité, François revient à de simples chaussures noires. Encore un petit effort Pope Francis, tu y es presque !

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dans la poésie francophone

Donc, la littérature classique française n’a pas grand chose à dire sur le pied nu et quand elle le prend à parti c’est pour évoquer la misère des pauvres gens du peuple. La très talentueuse chanteuse Zazie a bien appris sa leçon et quand elle entonne son émouvante chanson « les pieds nus je danse » c’est encore pour mettre en scène une sans-logis.

Par chance, la langue française ne s’arrête pas aux frontières de la métropole et il existe outre mer des poètes proposant une vision plus inspirée de la chose. 2 auteurs, l’un de Guadeloupe, et l’autre Camerounais portent un regard critique sur la chaussure civilisée et chantent les louanges d’un pied libre et nu.

Qui es tu ? – édité en 1982 – Francis Bebey – Cameroun

Je suis enfant de Guinée,
Je suis fils du Mali,
Je sors du Tchad ou du fond du Bénin,
Je suis enfant d’Afrique…
Je mets un grand boubou blanc,
Et les blancs rient de me voir
Trotter les pieds nus
Dans la poussière du chemin…
Ils rient ?
Qu’ils rient bien
Quant à moi, je bats des mains
Et le grand soleil d’Afrique
S’arrête au zénith pour m’écouter
Et me regarder,
Et je chante, et je danse,
Et je chante, et je danse.
(du même artiste, il faut écouter les perles « les gaulois » et « agatha« )

Prière d’un petit enfant nègre – Guy Tirolien – 1943 – Guadeloupe

Seigneur, je suis très fatigué.
Je suis né fatigué.
Et j’ai beaucoup marché depuis le chant du coq
Et le morne est bien haut qui mène à leur école.

Seigneur, je ne veux plus aller à leur école,
Faites, je vous en prie, que je n’y aille plus.

Je veux suivre mon père dans les ravines fraîches
Quand la nuit flotte encore dans le mystère des bois
Où glissent les esprits que l’aube vient chasser.
Je veux aller pieds nus par les rouges sentiers
Que cuisent les flammes de midi,
Je veux dormir ma sieste au pied des lourds manguiers,
Je veux me réveiller
Lorsque là-bas mugit la sirène des blancs
Et que l’Usine
Sur l’océan des cannes
Comme un bateau ancré
Vomit dans la campagne son équipage nègre…

Seigneur, je ne veux plus aller à leur école,
Faites, je vous en prie, que je n’y aille plus.

Ils racontent qu’il faut qu’un petit nègre y aille
Pour qu’il devienne pareil
Aux messieurs de la ville
Aux messieurs comme il faut.
Mais moi, je ne veux pas
Devenir, comme ils disent,
Un monsieur de la ville,
Un monsieur comme il faut.

Je préfère flâner le long des sucreries
Où sont les sacs repus
Que gonfle un sucre brun autant que ma peau brune.
Je préfère, vers l’heure où la lune amoureuse
Parle bas à l’oreille des cocotiers penchés,
Écouter ce que dit dans la nuit
La voix cassée d’un vieux qui raconte en fumant
Les histoires de Zamba et de compère Lapin,
Et bien d’autres choses encore
Qui ne sont pas dans les livres.

Les nègres, vous le savez, n’ont que trop travaillé.
Pourquoi faut-il de plus apprendre dans des livres
Qui nous parlent de choses qui ne sont point d’ici ?

Et puis elle est vraiment trop triste leur école,
Triste comme  ces messieurs de la ville,
Ces messieurs comme il faut
Qui ne savent plus danser le soir au clair de lune
Qui ne savent plus marcher sur la chair de leurs pieds
Qui ne savent plus conter les contes aux veillées.

Seigneur, je ne veux plus aller à leur école !

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de l’enfance

Toutes les informations et les documents utilisés pour cet article sont directement issus du blog Ahcuah, ressource incroyablement complète sur la question du pied nu à travers les âges et les civilisations. Un immense merci à son auteur Bob Neinast.

Aujourd’hui en Europe autant qu’aux États-Unis, la réaction face au pied libre, c’est à peu près ça :

Le pied libre évoque également la pauvreté, la saleté, le masochisme, le manque d’éducation, voire l’incivilité, j’ai pu en faire l’expérience au cours de ma toute récente vie de va-nu-pied. Aux States pourtant, il n’en a pas toujours été de la sorte.

Au XIX et début du XXème siècle, la littérature et la poésie américaine font encore l’éloge d’une jeunesse sans chaussure, une jeunesse vivant une vie d’insouciance, de liberté, riche d’aventures, de plaisirs et de sensations. Tom Sawyer (1876) de Mark Twain est bien évidemment l’archétype le plus connu du jeune héros libre et déchaussé. Le film de la Walt Disney Company en 1995 s’assurera de rétablir la bonne morale et remettra des chaussures au jeune Tom et à tous ses camarades. Le dessin animé japonais en 1980 respectait quant à lui le pied nu, sa symbolique n’étant pas la même au pays du Soleil Levant.

A la même époque que Tom Sawyer, de nombreux poèmes célèbrent les joies d’une enfance déchaussée : Barefoot (1893), When I was a barefoot rover (1897), Goin’ Barefoot (1905), Barefoot Days (1907), Barefoot Days (1926). Le plus connu de tous est peut-être The Barefoot Boy (1855) par John Greenleaf Whittier. Le texte est un peu long, c’est du vieil anglais, mais j’essaye ici de traduire les passages qui pour moi sont les plus parlants :

Béni sois-tu petit homme,
Garçon aux pieds nus, aux joues bronzées !
Avec ton pantalon retroussé,
Et sifflotant gaiement
(…)
Tu débordes de grâce
De tout mon cœur je t’offre ma joie,
Car je fus moi aussi le garçon aux pieds nus !
Tu es un Prince, l’adulte n’est qu’un républicain
Ne choisis pas la course aux millions de dollars !
Nus pieds, cheminant à côté,
Tu as plus qu’il ne peut acheter
Les yeux et les oreilles grands ouverts
Le soleil brille dehors, la joie à l’intérieur,
Béni sois-tu, garçon aux pieds nus !

Oh l’enfance est un jeu sans souffrance
Dormir et se réveiller pour des journées pleines de rire
Une santé qui se moque des recommandations des docteurs
Un savoir que l’on n’apprend pas à l’école
(…)
Gaiement, mon petit homme,
Vis, et ris, comme seuls savent le faire les enfants,
Même si les pentes pierreuses peuvent être dures,
Ou le champ de céréales fraichement moissonné
Chaque rosée du matin sera pour toi
Comme un frais baptême
Chaque soir tes pieds chauds
Le vent frais viendra embrasser

Bien trop tôt ces pieds devront se cacher
Dans la prison de la fierté
Perdre la liberté de l’herbe,
Comme un âne pour le travail est ferré

 En 1915, le poème est cité par un juge de Los Angeles qui prend la défense d’une mère divorcée, attaquée par le père des enfants parce qu’elle autorisait ses enfants à vivre pieds-nus. Il expliquera « j’ai connu les plus beaux jours de ma vie lorsque j’étais un enfant déchaussé ».

New York – 1900

Dans les années 30, les choses évoluent et les enfants aux pieds nus commencent à disparaitre, surtout dans les villes. En 1932, Angelo Patri, alors directeur d’une école publique dans le Bronx rédige un texte particulièrement beau et qui montre une fine réflexion sur la question :

Laissez ceux qui le peuvent aller pied nu, mais soyez particulièrement tolérants avec les enfants. Ils ont besoin de sentir le sol sous leurs pieds. Ca les détend, ça repose leur pieds et apaise leurs esprits. (…)

Beaucoup ont peur de laisser leurs enfants pieds nus, ils ont peur des commérages des voisins. Ils n’aiment pas voir la saleté sur les pieds de leurs enfants. Ils ont peur des blessures et des rhumes. Presque toutes ces craintes ne sont pas fondées. Le seul danger est le bout de verre, mais on peut certainement trouver des lieux exempts de tels détritus.

La principale raison pour aller pieds nus est la sensation. « It feels good ». On ne donne pas assez d’importance aux bonnes sensations. On se moque des enfants quand ils disent « parce que c’est bon ». Les sensations ne sont pas valorisées, surtout quand les enfants veulent les apprécier. Je pense que ce sont les restes d’une vieille culture qui renie les sensations. Elles seraient de dangereux pièges pour l’âme et l’humanité. Je ne crois pas un mot de tout ça, je pense que les sens sont là pour nous donner de la joie et nous rendre plus fort à vivre nos vies.

Quand tu sens l’herbe fraiche sous ton pied libre, quelque chose en toi chante et la charge devient moins lourde. Lorsque la brise marine ou le vent des montagnes vient caresser ton visage, tu te sens apaisé, réconforté, inspiré, tu sens que le souffle de la vie entre en toi. Quand le parfum des fleurs, les couleurs du monde viennent à toi, un fort sentiment monte en toi. Ces sensations ne doivent pas être méprisées. Au contraire, elles doivent être cultivées. Elles nourrissent l’imagination, la créativité, qui sont la force qui rendent la vie belle pour les humains de ce monde. Avant de créer, tu as besoin de sentir. Lorsqu’on refuse aux enfants des sensations plaisantes, on retarde leur développement spirituel. Les priver de ce développement émotionnel, c’est les laisser à la merci de leur sens les plus crus, leurs appétits les plus dévorants.

C’est un grand mystère, notre comportement avec les enfants. Ils viennent au monde équipés de tout ce dont ils ont besoin pour construire une vie heureuse et complète, et nous ignorons cet équipement et essayons de le substituer par un autre, de notre propre fabrication. Nous avons construit de faux standards et le résultat se moque de nous. Soyons donc en contact avec le sol nu, avec nos pieds nus et sentons la vie depuis la base.

Voilà 6 mois que je pense à cet article, cherchant à droite à gauche des références positives aux pieds nus dans la littérature et la poésie françaises, pour le moment rien trouvé de fantastique. Mon utilisation de DuckDuckGo n’est peut-être pas encore suffisamment affinée, je ne sais pas. Mais il est évident que pour Victor Hugo (« ah pauvre enfant pieds nus sur les rocs anguleux ») ou Émile Zola (« une fille en haillons qui vendait, pieds nus, des boîtes d’allumettes ») le va-nu-pied reste un pauvre n’ayant pas accès au bonheur et rêvant d’élévation sociale. Ne peut-on pas lire dans cette négation du pied le lourd héritage d’une culture judéo-chrétienne refusant d’écouter son corps et ses plaisirs, l’emprisonnant, le séparant de l’esprit, acceptant la douleur, la souffrance,  et la maladie comme faisant partie intégrante du cheminement de vie, données inéluctables de la condition humaine depuis le péché originel, cherchant dans l’argent, le confort, la protection et la médecine curative la réponse à tous ses maux, refusant de construire un corps vivant, sain, fluide, intelligent, épanoui, en bonne santé, libre, entier, complet, en communion avec l’esprit et avec le monde qui l’entoure ?

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