Comment chier (how to shit)

En Slovénie il y a Nara Petrovič, fervent militant du pied nu et de la posture accroupie (entre autres, il s’intéresse aussi aux éco-villages et à une foultitude de choses). Il est l’auteur d’un excellent ouvrage intitulé Human: Instructions for Use, best-seller en Slovénie (publication anglaise à venir), qu’il aime résumer de cette manière : « comment la culture viole l’anatomie ».

Je traduis ici un article tiré de son blog sur la question des toilettes modernes et l’acte de la défécation. Dans un style différent du mien, il parle de la même chose que moi : la pollution engendrée par tout un attirail industriel inutile et dans le même temps néfaste pour la santé, la symbolique de ces choix modernes, la perte de compétences naturelles pour les actes les plus simples et les plus triviaux de la vie, et enfin le fait que nous n’accordons plus la moindre importance à nos actes quotidiens. Merci Nara !

J’ai besoin d’un nouveau mot ! La langue anglaise (ou française, ndt) n’a pas de mot neutre pour parler de la merde, mon principal champ de recherche. Tous les mots existants sont ou froidement cliniques, ou vulgaires et argotiques, ou enfantins : selles, matière fécale, déjection, excrément, merde, daube, crotte, caca, popo. Déféquer, aller à la selle, chier, caguer, aller au pot…

Merde !

On pose pourtant tous une merde tous les jours, ou du moins on aimerait bien, mais parler de merde reste de l’ordre de l’obscénité. C’est pour moi un signe évident de notre daubmatisme. J’ai longtemps attendu que quelqu’un dise merde à ce tabou et aborde la question de notre shitzophrénie, mais puisque personne ne le fait, c’est donc à moi que revient le job.

Nous sommes révulsés par la chiure qui sort de notre anus, alors que nous nous abreuvons quotidiennement de la merde dont nous aspergent les médias. Nous évitons le moindre contact avec nos excréments mais nous remplissons nos appartements de tout un tas de merdes. Nos esprits sont remplis d’une vaine, futile et insensée diarrhée mentale. Nous ne voulons rien savoir de notre propre déjection, on la lâche dans la cuvette, tirons la chasse pour la faire disparaître, et c’en est terminé.

Car nous n’en avons rien à chier !

Récemment, nous sommes devenus étrangers à l’acte élémentaire de la défécation, incapables que nous sommes de caguer comme des êtres humains normaux. Ainsi, le montant total des ressources gaspillées, aussi bien que des dépenses de santé liées à notre culture pervertie du trône, est gargantuesque. Je ne suis pas le premier à le dire : l’eau des toilettes est l’une des plus grandes aberrations de notre civilisation moderne. Mais je suis le premier à réunir tous les aspects ayant trait à la merde pour enfin créer une nouvelle science appelée fécologie ! Car il ne s’agit pas uniquement du devenir de nos matières fécales une fois excrétées, il s’agit aussi de comment nous chions : dans quelle posture, dans quel état émotionnel, dans quel contexte social. La fécologie fait remonter la merde à la surface de tous les champs scientifiques, culturels et artistiques : psychologie, sociologie, ethnologie, biologie, chimie, histoire, géographie, philosophie, religion, mode, économie.  Mais avant toute chose, la fécologie traite surtout du bien-être élémentaire et du bon sens le plus simple. Lire la suite

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Porto

Un an après Lisbonne, c’est Porto qui a fait le choix de retirer ses chaussures, avec l’envie de croquer à pleines dents les jeux de la vie les plus crus, les plus exaltants, les plus sauvages.

Faisant fi des qu’en-dira-t-on, il s’est alors agi de se réapproprier l’espace public et d’y affirmer son corps, joyeusement et fièrement. Il s’est agi de reconquérir l’aventure, les sensations, l’instinct, l’autonomie, le plaisir, l’efficience, la précision, la fluidité, l’harmonie, le bien-être, aussi bien physique qu’intérieur. Se déconditionner et oser embrasser un nouveau paradigme, un nouvel imaginaire. Oser la découverte de son soi le plus authentique, le plus honnête. Oser également la reconnexion physique (et peut-être philosophique) au monde vrai et réel. Initier une prise de conscience aussi bien de sa fragilité et de ses limites, que de son plein potentiel. Développer une perception plus globale, holistique, subtile, sensorielle, sensée, de la créature humaine.

Et tout ça grâce au soutien logistique et enthousiaste des va-nu-pieds Rui, Antonio-Pedro, David et João. L’événement était entièrement gratuit, offert par les organisateurs aux sympathiques participants, ça va de soi mais ça va mieux en le disant. Parce que le bien-être, la santé et la connaissance de soi n’ont rien à voir avec le fric.

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Tom Sawyer et la chaise

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En 2014 j’avais déjà évoqué, par ici, Tom Sawyer, l’archétype du jeune garçon aux pieds nus, incarnant l’insouciance, l’aventure, et les joies de l’enfance dans une Amérique rurale à l’aube de grandes transformations. Riant volontiers de la civilisation, de la chaussure, de l’école et du monde adulte, Tom Sawyer est un héros du XIXème siècle jouissant d’un corps joyeux et fonctionnel, et qui, à l’heure actuelle, mérite amplement qu’on s’intéresse à lui.

Depuis lors, l’idée de courir un semi-marathon dans les habits de cet heureux personnage ne m’avait plus quitté, et voilà donc chose faite. Je suis très content du résultat, tout le monde a reconnu le déguisement, j’ai provoqué un nombre incalculable de réactions tout au long de la course,  accepté plusieurs dizaines de « selfies » (arg !) après la ligne d’arrivée, et ai même eu le droit à quelques bises, la grande classe. Tarzan, Tom Sawyer, ma galerie de personnages commence à s’étoffer.
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J’ai couru les 21 km avec mon ami va-nu-pied AP Santos, qui s’est mis à cette saine pratique en 2014 après avoir bu une bière avec Tarzan. AP, en plus d’être un grand ami, est donc celui qu’on peut qualifier de « first follower », celui grâce à qui je ne suis plus un freak solitaire et frappé du ciboulot. AP est celui qui, en s’affichant à mes côtés, transforme ma prestation ridicule en un discours digne d’intérêt, car lui donnant du crédit et de la légitimité (d’autant plus qu’il est déjà une figure médiatique dans le petit monde de la course à pied).

Il nous reste alors à trouver et valoriser notre « second follower », le troisième homme (ou femme !) qui nous permettra de devenir un groupe, vu et perçu comme tel, et l’effet boule de neige pourra enfin se mettre en place, le mouvement pourra enfin prendre forme. Nous deviendrons alors suffisamment nombreux et visibles pour proposer au monde chaussé un nouvel imaginaire, un nouveau paradigme, une nouvelle histoire, et peu à peu, cette civilisation de la chaussure, déconnectée de son  corps et de son environnement, osera s’affranchir de ses prisons dorées et goûter aux fruits sucrés de la liberté. N’ayons pas peur de rêver, ça ne coûte pas un centime (contrairement aux chaussures).

quelques règles de base pour créer un mouvement

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Sans transition aucune.
Suite à la publication de mon précédent article sur resilience.org, le quotidien de l’écologie Reporterre m’a proposé de rédiger une tribune sur la question « pourquoi se passer de chaise ? ». J’étais un peu déçu de ne pas pouvoir parler de la chaussure, mais ils venaient de publier un article sur le sujet et ne souhaitaient pas se répéter. Concernant la chaise, j’apporte quelques éléments nouveaux, mais il y a surtout la satisfaction d’être publié par un site grand public, « populaire », dans le beau sens du terme. Les exigences étaient : un texte en moins de 6000 caractères, en restant « très pédagogique ». Dur.

Je copie-colle ici le texte de l’article original (visible là avec des photos en couleurs) :

Reporterre : « C’est un des articles les plus étonnants qu’on ait publié. Lisez-le, il va modifier votre vision du monde – ou en tout cas, l’interpeller. »

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Le corps autonome et fonctionnel

l’article a été publié en anglais sur resilience.org

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Le corps autonome et fonctionnel, et quelques considérations qui en découlent concernant l’outil en général

Lorsqu’on regarde les critiques faites au monde moderne depuis les années 1970, ainsi que les solutions proposées pour répondre aux crises globales en cours et à venir, on tombe immanquablement sur la question de l’autonomie. Autonomie énergétique et alimentaire, mais aussi médicale, financière, etc… L’éventuelle résilience des sociétés face aux grandes transformations qui s’annoncent ne serait possible qu’à travers des systèmes moins dépendants d’une organisation globalisée, moins dépendants de super-outils ultra-complexes, moins dépendants de la super-énergie fossile, ou moins dépendants de multinationales et corporations protégeant jalousement leurs connaissances. Pour vivre bien demain, il s’agirait de se réapproprier des compétences et des savoirs essentiels : se nourrir, se guérir, construire son habitat, etc, tout ça à des échelles plus locales.

La perte d’autonomie des sociétés et des individus, devenus dépendants d’un système destructeur, tant pour la planète que pour le groupe ou l’individu lui-même. Certes.

Mais on peut proposer une lecture similaire des choses à un niveau autrement plus élémentaire : l’homme moderne dans sa majorité a perdu son autonomie physique, jusque dans sa locomotion et dans son repos.  Tout comme l’économie mondiale est accro au pétrole, l’homme moderne est drogué à la chaussure et au fauteuil (d’ailleurs tous deux désormais issus du pétrole, le piège est Total), puisqu’il n’est plus capable de vivre sans. Tentez l’expérience vous-même pendant 24 heures, et vous comprendrez mieux. Cette addiction a pour effet, d’une part, la production et la consommation infinie de produits hautement transformés et mondialisés (le notable exemple de la paire de reunning), ainsi que, d’autre part, l’apparition de dysfonctionnements physiques et autres complications médicales pour l’individu.

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[1] La locomotion autonome

« La pire chose qui soit arrivée au pied est la chaussure, ou peut-être la deuxième, après le goudron. Ces deux produits de la civilisation urbaine ont finalement vaincu le pied humain, lui qui, dans son état primitif, avait traversé les continents, joué des jeux sauvages et dansé sans relâche des jours durant » – George Sheehan, coureur, 1918 – 1993

En retirant mes souliers il y a de ça bientôt quatre ans, j’ai dû faire face à un saisissant constat : j’étais physiquement dépendant de ce simple accessoire pour me déplacer. Courir plus de 5 minutes sur du goudron, même lisse, était douloureux. Marcher, progresser, sur des chemins pierreux, donc naturels, était simplement inimaginable. Mieux, après quelques mois de découverte, je prenais conscience que mon comportement, mon mouvement, mon attitude, ma technique de marche et de course, avaient été pendant toutes ces années particulièrement violents et destructeurs pour moi-même, d’où des blessures à répétitions, desquelles découlaient une fatigue psychologique. Sans protection aux pieds, sentir simultanément mon corps et mon environnement m’oblige à rechercher une relation respectueuse des deux. En quatre ans de découverte, j’ai développé une certaine fluidité et précision dans mon mouvement, une plus grande sagesse et précaution dans mon comportement, (et, accessoirement, des meilleurs chronos sur semi-marathon), et ai pu jouir de tous les bénéfices qui vont avec, notamment en termes de bien-être et de santé.

Maurice nous enseignant la technique de course naturelle, instinctive, saine et efficiente :
posture détendue, grand sourire, tronc vertical,
et genou plié avant le contact du pied avec le sol

Mais je comprends que mon sevrage n’est pas terminé : mes pieds ne sont toujours pas pleinement fonctionnels, je n’ai pas encore la capacité d’épouser toutes les aspérités du sol ou d’enchaîner plusieurs journées de randonnées. Pour ça, je compte qu’il me faudra encore une dizaine d’années. L’adulte en transition est particulièrement lent dans son cheminement vers l’autonomie, et rien ne peut accélérer le processus.

ma course après prise de conscience et correction

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[2] Le repos autonome

« Nous ne savons plus nous accroupir. Je considère que c’est une absurdité et une inféri­orité de nos races, civilisations, sociétés. (…) La position accroupie est, à mon avis, une position intéressante que l’on peut conserver à un enfant. La plus grosse erreur est de la lui enlever. Toute l’humanité, excepté nos sociétés, l’a conservée. » Marcel Mauss, anthropologue – 1934

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Milfontes

L’idée a été de faire une promenade sans protection aux pieds, dans le but de redécouvrir des sensations oubliées : les différentes textures du sol (sable, granit, herbes, graviers, terre, …), les températures, le vent, le soleil, l’eau….

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15 adultes civilisés et 8 enfants pleins de spontanéité, pour un total de 6 nationalités différentes, ainsi que 4 chiens, se sont retrouvés dimanche matin pour retirer leurs chaussures (sauf les chiens) et faire une petite boucle le long de la côte. Ce choix de notre part nous a obligé à prendre conscience de notre corps de manière plus complète, à découvrir notre fragilité et nos sensations, à prendre en compte notre environnement. Les difficultés du terrain nous ont obligé à avancer avec précaution, à modifier notre comportement, à rechercher la fluidité et la précision. Nos pas se sont faits plus courts, avec un genou plus fléchi, un corps petit à petit plus détendu. Nous avons traversé une zone parsemée de verre brisé, sans accident ni drame. Sans minimiser les risques. Simplement en faisant attention. L’horaire de notre balade a été conditionné par la météo, puisqu’en pleine après-midi, les chemins sableux auraient été trop chauds pour nos petits petons atrophiés par tant d’années dans des chaussures.

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A mi-chemin nous avons partagé des gâteaux sans ceci ou sans cela, mais avec plein de bonnes choses dedans. Nous avons parlé dictature portugaise, poésie américaine, sentiers de galets coréens. Nous avons constaté que les enfants gambadaient sur les pierres en toute aisance. Nous sommes revenus par un chemin de sable plus facile, puis nous avons terminé l’aventure en plongeant les pieds dans l’eau froide de l’océan, une douceur bien méritée après les efforts fournis par ces extrémités qui n’ont pas l’habitude de travailler.

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Lisbonne

Dimanche 1er mai, 16 adultes et 2 enfants (4 et 6 ans), venus de quatre pays différents, ont fait le choix de sentir et percevoir Lisbonne sous leurs pieds.

Pieds nus dans l’herbe nous avons discuté pendant 15 minutes, on a parlé de la chaussure, du pied, de l’être humain en tant que créature fragile, sensible et sensorielle, de l’importance de ces sensations et du mécanisme de « feedback » , de posture, de technique et de comportement. Puis quelques exercices très simples nous ont aidé à mieux sentir certains points-clés, comprendre certains concepts. Enfin, tous ensemble nous avons couru 1500 mètres sur un goudron très dur et légèrement rugueux, tous très attentifs à ce que la plante de nos pieds pouvait bien nous raconter.

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Puis la discussion a continué, questions-réponses, quelques bons livres à lire, développer un regard critique sur le discours des marques et des médias, nous avons mangé des pommes et bu de l’eau. Voici la traduction de cette interview sur le blog Correr Na Cidade. Merci Filipe Gil.

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Tu as organisé une rencontre au Portugal, quel était l’objectif ?

J’ai voulu communiquer sur l’importance des exercices pieds nus pour apprendre à courir correctement, pour corriger sa technique de course. Je vois que la majorité des coureurs amateurs ne savent pas courir et souffrent de beaucoup de blessures. J’ai voulu expliquer que avant de vouloir participer à des courses, il faut apprendre à courir, et que le meilleur professeur pour cet apprentissage est le pied nu. L’idée c’est d’aider les gens à courir mieux, avec moins de blessures et avec plus de plaisir. Nous avons eu un événement très sympa, avec 18 personnes. Nous avons appris à sentir le sol avec la plante de nos pieds et grâce à cette sensation, à corriger notre technique de course.

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Il y a beaucoup de gens qui courent pieds nus au Portugal ou c’est encore confidentiel ?

Nous sommes plus de 200 personnes sur la page facebook « Correr Descalço Portugal ». Je crois que beaucoup de gens trouvent l’idée intéressante et comprennent les bénéfices de la pratique, mais n’osent pas faire le premier pas, par manque d’information, et peut-être par peur des critiques également. Ça n’est pas toujours facile de faire quelque chose que la société ne comprend pas et à laquelle elle n’encourage pas.

wam Lire la suite

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le conditionnement : décryptage

L’année dernière à la même époque je courais un semi-marathon, les pieds nus et avec un stupide caleçon léopard. Bien que je sois arrivé 27 longues minutes après le champion, l’image était suffisamment percutante pour que j’aie le droit à une interview dans un blog spécialisé, suite à quoi je refusais à trois reprises de participer à des émissions de télévision ou de radio portugaises. Jouer le rôle de l’original pendant trois minutes sur un plateau du genre Laurent Ruquier et essuyer des vannes sans avoir la moindre chance de pouvoir expliquer la pertinence et la philosophie de ma pratique ne m’intéressait pas plus que ça.

Mais la semaine dernière, la télévision est revenue frapper à ma porte avec une proposition plus intéressante : 10 minutes rien que pour ma pomme (et mes pieds), avec un entretien d’une heure trente, au calme, et un tournage chez moi dans ma province.

Il s’agit de RTP Running, je suis très critique vis-à-vis de ce programme et j’explique pourquoi plus bas, mais on m’offrait là une opportunité unique de sensibiliser une large audience à l’importance du pied-nu et de promouvoir une image « cool » de la course sans chaussure. Le pied-nu souffre d’une image catastrophique et aujourd’hui malheureusement, l’image c’est primordial. J’ai échoué dans les négociations, et dû accepter de porter le t-shirt du sponsor, fabriqué en Chine dans des conditions humaines et environnementales que je préfère ignorer, mais si le résultat final peut aider ne serait-ce qu’une ou deux personnes à ne plus se faire de blessures en pratiquant la course à pied, et à comprendre que la solution aux lésions n’est pas dans le produit manufacturé mais dans le corps et la technique, je considère que j’ai eu raison d’accepter l’invitation.

L’interview m’a un peu stressé, essayer de faire passer mes idées au cours d’une conversation cadrée au millimètre par le producteur, tout ça dans une langue qui n’est pas la mienne, pas facile. Je pense avoir réussi à placer quelques notions essentielles : courir pieds nus c’est apprendre à courir correctement, écouter son corps, corriger sa foulée, courir avec conscience et précaution, développer une vision pacifiée et harmonieuse de la pratique sportive, rechercher la précision, les sensations, le bien-être, développer une compréhension plus globale (holistique ?) du corps, de l’esprit et de l’environnement (dans le sens : ce qui « m’environne »), abandonner ses peurs, reprendre confiance en soi, etc, etc. Les quelques idées faussement dangereuses pour le système ont été écartées au montage (« je cours sans consommer », « l’équipement est un piège »), on ne peut pas trop en demander non plus, je suis déjà plus que satisfait du résultat. Pour ceux que ça intéresse, le clip est visible par là, mais je préfère avertir les punks et autres âmes un peu trop sensibles, on pénètre ici dans le monde verni et aseptisé de la communication pure et dure, attention les yeux !

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Tout ceci étant dit, voici maintenant un décryptage de ce programme à la manière d’Acrimed, qui va nous aider à mieux comprendre les ficelles utilisées avec ruse et brio par le couple « média / marques ». J’analyse ici le premier épisode de cette série, visible en cliquant sur ce lien :

http://www.rtp.pt/play/p1661/e168869/rtp-running

– Premièrement, il faut savoir que cette émission est intégralement financée par Sport Zone, le concurrent portugais de Décathlon (et très partiellement par Rexona, un produit conçu pour empêcher volontairement le bon fonctionnement de notre transpiration). Concrètement cela signifie que Sport Zone investit dans de l’espace audiovisuel, pour diffuser à niveau national une image positive de la course à pied et dans le même temps placer ses produits. Chaque épisode est diffusé quatre fois dans la semaine.

– Deuxièmement, le programme est diffusé sur la chaîne RTP Information. Le mot Information apparaît donc à l’écran pendant toute la diffusion du programme : on nous fait croire qu’on nous informe, alors que le seul objectif est de nous inonder d’images hyper-léchées de produits manufacturés associés à tout un tas de valeurs positives.

– Dans la première partie du programme, l’héroïne de tous les jours développe un argumentaire vantant tous les aspects de sa pratique sportive : « thérapie, dépassement de soi, partage, amitié, une manière d’être dans la vie, plaisir, fête, rêve », et dans le même temps les images nous montrent une femme professionnelle, épanouie, ambitieuse et dynamique. Elle court avec des Nike, et des Reebok, offertes par Sport Zone.

– Mais soudainement, son discours change de ton. Elle nous alerte sur les dangers de cette pratique : « en courant on risque de se faire des blessures, et c’est pourquoi il faut acheter des chaussures adaptées à notre type de foulée ». Il y a au moins trois grandes stratégies marketing cachées dans cette unique phrase.

1/ Il s’agit de faire perdre toute confiance en soi au téléspectateur. On vient de lui faire goûter au Nirvana mais on lui explique maintenant qu’il n’est pas capable d’y arriver tout seul, qu’il risque des blessures s’il essaye par lui-même. Heureusement, le produit manufacturé est là pour répondre à ce problème : en achetant ledit produit, je pourrai moi aussi m’approcher du 7ème ciel.

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Winter is coming

Si la chaussure est une imposture, alors le chauffage est un traquenard et le froid une illusion. Marcher sur des cailloux n’avait jamais été douloureux pour personne, bien au contraire, cela avait toujours été une danse, une joie, une thérapie, une évidence. J’en veux pour preuve mon petit voisin Maurice qui court plein d’allégresse sur du gravier.

Maurice

De la même manière, prendre des douches froides n’a rien de masochiste, c’est à chaque fois une fête, une célébration, une médecine douce, un acte sensé. Les mécanismes qui sont en jeu avec la chaussure et le pied sont les mêmes que ceux qui s’opèrent avec le chauffage et l’ensemble du corps humain. Il convient donc de bien les comprendre.

– par l’usage quotidien de la chaussure, le pied n’est jamais stimulé et s’affaiblit (muscles, tendons, os, circulation sanguine, etc…). L’homme devient alors prisonnier de sa propre invention puisqu’il n’est plus capable de marcher 10 mètres sans protection. De plus, l’affaiblissement de ses pieds a de lourdes répercussions sur sa santé physique et mentale, sa manière de se mouvoir, mais aussi sur sa conception du monde : le sol serait un danger dont il faudrait à tout prix se protéger. Au final, quand un énergumène court un marathon pieds nus tout le monde trouve ça incroyable ou débile alors que c’est la chose la plus évidente du monde. Ça c’est pour la chaussure, mais on le savait déjà. Qu’en est-il du froid et du chaud ?

– par l’usage systématique du chauffage central, le corps et l’esprit ne sont plus stimulés et s’encroûtent. L’homme devient frileux, son système immunitaire défaillant, sa circulation sanguine vacillante, son humeur maussade. Le cercle vicieux s’installe, le froid représente une menace, l’homme ne tolère plus la moindre baisse de température, il a besoin de plus en plus de confort à la maison et d’équipement pour sortir de chez lui.

Pourtant, il n’en a pas toujours été ainsi.

Selon la chercheuse E. Gallo, le confort thermique est une notion toute récente, apparue en Europe après la 2nde Guerre Mondiale. « C’est fondamentalement un comportement culturel » nous explique-t-elle. Les premières tentatives de chauffage central sont faites pour des serres horticoles, puis pour des couveuses à poussins, le séchage industriel, le conditionnement des vers à soie…  La production de fruits hors saison passe bien avant le confort individuel. L’idée de chauffer de manière homogène les espaces habités par les humains arrive en dernier, et les lieux ciblés apparaissent dans l’ordre suivant : bibliothèques, musées, salles d’hôpital, bureaux, puis appartements en dernier lieux. En 1937, André Missenard, polytechnicien, fabriquant de systèmes de chauffage recommande des températures entre 16 et 18°c pour les pièces à vivre, 10°c pour les chambres à coucher, et entre 14 et 18° pour les chambres des personnes malades. Le vendeur de chaleur met en garde ses clients : « pour les adultes et surtout les enfants sains, les climats artificiels doivent être utilisés avec beaucoup de circonspection car une vie trop douce est amollissante (…) et corruptrice ». Comme à chaque fois dans l’histoire du progrès, ce sont d’abord les riches et les puissants qui en veulent plus : dès le XIXème siècle les barbus de l’Assemblée Nationale exigent des t° entre 19 et 21°c. En 1934,  les immeubles de luxe sont réglés à 20°c, pour être au-dessus du « grand confort » (dixit le bureau d’étude Veritas) que représente la barre des 18°c. Il faut dire que le père Descartes dans son fameux Discours de la Méthode nous vendait le foyer chaleureux comme un lieu d’épanouissement intellectuel.

Ces températures aujourd’hui nous paraissent inacceptables. C’est bien la preuve que nos corps ne fonctionnent plus. Nous sommes devenus de bonnes grosses chochottes. En moins d’un siècle. Ce même siècle qui a ravagé la planète. En effet, si ce dysfonctionnement de nos corps a un impact direct sur notre santé, il a également un lourd impact sur l’environnement. Par exemple, le chauffage des logements et bureaux français est responsable de 15% des émissions françaises de gaz à effet de serre (notamment : méthane et CO2). Le chauffage électrique (45% des nouveaux logements) est en grande partie issu du nucléaire. Le pied faible pollueur à travers la chaussure. Le corps frileux à travers le chauffage.

On n’attrape pas froid par les pieds, que ce soit bien clair. On attrape froid par des pieds affaiblis par la chaussure. L’hiver passé, les copains de la Barefoot Runners Society ont organisé un petit concours : Lee a cumulé 485 km pieds nus à des t° négatives. Bob a couru plus d’un km à -33°c sans chaussure. Yvonne a couru 25 km en une seule fois à -11°c. Parce que c’est marrant.

yvonne

On est pas obligé de s’amuser autant que ces joyeux lurons, mais jetons un coup d’œil à l’Histoire. Lire la suite

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120 / 75

En 2009 en arrivant au Portugal ma tension artérielle était tellement haute que le médecin a souhaité que je prenne des cachetons pour contrôler tout ça. La conversation n’a pas duré 10 minutes, il ne m’a pas demandé ce que je mangeais, ni comment je vivais, comment je me chaussais, comment je respirais, etc… Non, il m’a juste « ordonné » de prendre des médicaments chimiques, que je n’ai pas pris.

Le dermatologue en 2010 m’a fait le même coup : « effectivement, vous avez de l’acné, reprenez donc une petite dose de roaccutane, merci au revoir, personne suivante svp ». D’où vient mon acné ? Je n’en sais toujours rien, mais qui est-ce que ça intéresse ?

En 2013 j’ai commencé à retirer mes chaussures, à respirer par le nez (même en sprint, au moins pour l’inspire), à m’asseoir accroupi, en tailleur, en seiza, j’ai arrêté le coca, les haribo, le sel raffiné, la bouffe industrielle, les gros oreillers et les matelas moelleux, les douches chaudes (à part en plein hiver). Petit à petit j’ai arrêté de me faire des blessures en course à pied, j’ai progressé, sur la vitesse, sur la distance, mais surtout sur la fluidité, chose plus difficilement mesurable…

Hier, ma tension a été mesurée à 120 / 75. Pour la première fois de toute ma vie le docteur n’a pas dit « c’est un peu haut » ni « c’est beaucoup trop haut », il a juste dit « pile poil comme il faut » (et en français, quelle classe !).

Il se trouve que des études suggèrent que la marche pieds nus sur des cailloux aide à réguler la tension artérielle de manière bien plus efficace que la marche chaussée sur du goudron. (Je n’aime pas les études, on peut leur faire dire ce qu’on veut, mais quand elles vont dans le sens de mon propos je ne me gêne pas pour les citer et nourrir mon argumentaire avec. Ne jamais croire un type qui vous sort des études scientifiques pour vous convaincre de quoi que ce soit ^^).

Ce docteur de 2009 ne m’a rien expliqué, ni du corps ni de l’esprit. Il m’a fait croire que mon hypertension était le problème et m’a proposé une réponse chimique et ciblée pour le résoudre. Je l’ai presque cru, la figure du médecin derrière son beau bureau, son stylo Mont-Blanc, son diplôme reconnu par le système, c’est ainsi… Mais le fait est que les choses sont autrement différentes. Mon hypertension n’était absolument pas le problème mais bel et bien le signal visible et quantifiable d’une utilisation déboussolée de mon corps, déboussolant logiquement mon esprit. L’être humain, un système ultra-complexe et profondément déséquilibré (par la chaussure, le sucre, la chaise, etc…) que l’on prétend réparer par l’injection d’une ou deux molécules de synthèse.

Prendre des pilules pour régler le problème c’est comme mettre des chaussures pour éviter de se faire mal aux genoux et au dos : c’est étouffer les signaux que nous envoie le corps, et se permettre de continuer à faire n’importe quoi.

Au mois de février j’ai hébergé ce Coréen qui voyageait à vélo. Le type avait bossé 10 ans pour une boite suisse de médicaments (celle qui fabrique le roaccutane ? je ne sais plus). Il était payé pour faire du lobbying auprès des médecins et des pharmaciens afin que ceux-ci refourguent la came à leurs clients pigeons toxicos patients. Il garde de cette expérience une amertume certaine.

Il ne s’agit pas de santé, ni de bien-être, le système ne fonctionne qu’à travers le business, la chaussure comme le cacheton.Les vraies réponses ne coûtent rien, c’est bien pour ça que personne n’a intérêt à nous les proposer.

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we dont need no stinkin’ shoes

Je vais arrêter ici la rédaction de ce blog.
Je pourrais continuer sur des pages et des pages : la chaise, le matelas, les podologues, la semelle orthopédique, le talon, le soutien plantaire, l’alimentation, la mode, la médecine, la science, la presse, mais j’ai besoin de passer à autre chose.

De la chaussure je retiens ces grandes conclusions :

– elle est mauvaise pour le corps (pied, posture, genoux, hanches, respiration, marche à pied, course à pied, flexibilité)
– elle est mauvaise pour l’esprit (stress, confiance en soi, appréhension du monde réel…)
– elle est mauvaise pour la planète (plastique et textiles synthétiques made in Pakistan)
– elle transforme l’Homme en consommateur, mais également en « gros bourrin » qui n’écoute plus ses sensations mais croit qu’il est capable de tout avec un bon investissement
– son usage ne s’est généralisé que depuis deux ou trois siècles (et encore…), même en Écosse, même en Islande, même en Irlande…
– le groupe, la société, t’obligent à la porter (pieds nus interdits dans certains transports en commun français !)
– il faut plusieurs années pour se défaire de cette mauvaise habitude et retrouver un contact agréable avec la réalité
– les podologues et autres professionnels du pied ne savent rien, n’ont jamais vu un pied normal et sain de toute leur vie (c’est incroyable ça quand même, non ?) et recommandent des semelles orthopédiques à tour de bras pour soigner des problèmes qui n’existeraient pas sans la chaussure. Ces semelles viennent fragiliser encore plus l’organisme
– le business de la santé s’organise autour de ces problèmes créés par la chaussure (stress, mal de dos, …)
– la presse sportive ne parle jamais du pied nu, puisqu’il n’y a rien à vendre
– les « chercheurs » et les soi-disant « études scientifiques » cherchent depuis des années à savoir s’il vaut mieux marcher/courir en chaussure que pieds nus… Comme si on avait besoin d’études pour connaître la réponse. Comme si la question se posait (sérieusement, quoi). Malgré ça, eux n’ont toujours pas trouvé la réponse.

Voilà.

Le constat est assez alarmant, mais il ne s’agit que de la chaussure, donc tout va bien.

Malheureusement non, toutes ces conclusions sont également vraies pour tout le reste : le matelas, la chaise, la table, l’alimentation, la mode, le pétrole, les téléphones intelligents, etc, etc, etc, etc….

Je dors par terre, je mange par terre, je m’assois par terre, je cours à moitié nu. C’est meilleur pour mon corps, pour mon esprit, pour l’environnement, pour le trou de la sécu. En plus de ça, ma vie est bien plus belle qu’avant, je sens le monde, je sens la vie. Mais le groupe ne comprend pas, et continue à me montrer du doigt à chaque sortie.

En un an j’ai construit mes pieds et appris beaucoup de choses sur mon corps, sur la société et sur le groupe. Il me reste maintenant à devenir plus philosophe et accepter ces remarques quasi-quotidiennes avec détachement et amusement, voilà qui ne va pas être facile…

« We dont need no stinkin’ shoes ! »

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Super Size Me

Récemment je suis allé à une soirée costumée, c’était bien on a bien rigolé. Comme j’avais déjà fait Tarzan l’homme de la jungle pour le semi-marathon (ah, vivement le prochain !), cette fois-ci je me suis dit je vais faire le contraire et me déguiser en homme moderne et civilisé (et arrogant ?). L’expérience a été passionnante, un genre de « Super Size Me » à ma façon, qui heureusement n’a duré que quelques heures. Petit décryptage.

Les pieds

Aïe ! Chaussures trop étroites, pieds gonflés, perte de l’équilibre, talon surélevé mauvais pour ma posture, position verticale difficile à tenir, perte de toute sensation agréable avec le sol, soutien inutile de la voûte plantaire, pieds qui puent, et chevilles écorchées (la vérité !). Les fondations de mon corps ont été agressées et étouffées dans le simple but de cacher une partie honteuse de moi-même, en les recouvrant par du qui-brille.

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Et le pire du pire, je suis devenu bruyant à chacun de mes pas. Insupportable, j’étais devenu incapable de me mouvoir silencieusement. Ma cousine avait choisi un déguisement similaire, version femme (donc pire) : 3 semaines après, elle avait encore des douleurs dans les pieds et ne pouvait pas marcher correctement.

Le cou

Pour rassurer le groupe et ne mettre personne mal à l’aise, j’ai moi aussi mis à mon cou une laisse satinée et ainsi exprimé mon asservissement à la société. N’ayez crainte, moi aussi je suis un clébard enchaîné et pris à la gorge par le système. Cerveau mal irrigué, symbolique du suicide par pendaison, que du bon, de quoi participer pleinement à mon épanouissement personnel et mon bien-être.

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Les joues

Quand je cours pieds nus, tout le monde s’inquiète du risque de la coupure (c’est déjà arrivé une fois, en décembre, quand j’étais encore un débutant). Mais les pieds ne sont-ils pas prévus à cet effet ? En revanche, mes joues n’ont jamais été conçues pour être entaillées quotidiennement par des lames acérées. J’ai pourtant fait le choix de me balafrer le visage jusqu’à me faire saigner (je ne suis pas très habile avec les rasoirs). En plus des coupures et des rougeurs, j’ai vu apparaître quelques boutons sur mes joues.

Les hanches

J’ai mis mon petit cul dans un pantalon drôlement serré. Du coup, impossible de m’asseoir en squat sans risquer d’exploser les coutures. Même si j’avais pu, le groupe n’aurait pas compris. Le squat est pourtant la position assise la plus intéressante qui soit, elle débloque et renforce toutes les articulations nécessaires à la marche et la course à pied (cheville, genoux et hanches, et tous les muscles et tendons qui vont avec), elle fait de nous des hommes forts et en bonne santé, facilite les accouchements, permet d’éviter les douleurs dans le dos, cancer du colon, appendicite, constipation, incontinence, hémorroïdes, …

Mes chaussures rendant ma position verticale douloureuse, j’ai vite cherché une solution à mon problème et j’ai été soulagé de découvrir qu’il y avait des chaises dans la salle, objet ô combien intéressant qui mériterait une thèse à lui tout seul, et sur lequel j’ai heureusement appris à m’asseoir dès ma plus tendre enfance.

Ah, et pour aller déféquer, il n’y avait que des trônes, ne permettant pas une évacuation saine des excréments.

Le buste

La même idée que pour les hanches. Avec ma chemise et ma veste de costard, impossible de lever les bras vers le ciel pour étirer ma colonne comme le font les chats et chiens des dizaines de fois par jour. Le buste à l’étroit dans mon costume, mon dos (déjà bien voûté par ma paresse, ma chaise et mes chaussures) n’avait pas la moindre chance de pouvoir s’ouvrir et laisser s’installer une respiration profonde et apaisante. Le stress aurait facilement pu venir s’installer, heureusement c’était la fête.

La transpiration

Je n’ai pas été jusqu’au bout de mon costume et j’ai oublié de bloquer la transpiration de mes aisselles. Je me souviens de ce film de James Bond où le méchant tue une bimbo en la recouvrant de peinture dorée, empêchant toute possibilité de transpiration…

Le nez

J’ai également oublié d’agresser mon odorat. J’aurai pu mettre du parfum toxique et sentir mauvais toute la journée, histoire de me faire bien mal au crâne.

On a bien rigolé, pour de vrai, c’était la fête et ça valait vraiment le coup de se mettre sur son 31, de jouer avec les codes sociaux et de se faire beau comme un camion. Mais pas tous les jours, si ça ne permet pas de s’épanouir correctement.

Le lendemain je suis allé courir, pieds nus, torse nu, seul, loin du groupe, à ma propre vitesse, sur ma propre distance. Les graviers ont détendu mes pieds, m’ont réveillé, ont calmé mon esprit. J’ai eu le droit à quelques remarques, « un indien dans la ville », « jésus reviens », que des choses assez gentilles cette fois-ci. La douche froide m’a invité à démarrer une nouvelle journée. J’ai fait la liste de tous les produits que j’avais utilisé : rasoir, mousse, après-rasage, chaussures, déodorant pour chaussure, costard, cravate, chaise, table, alcool, sucre. Lesquels de ces produits de consommation sont vraiment bons pour moi ? (et, question subsidiaire, lesquels sont bons pour l’environnement, haha). Je me suis alors souvenu que la France tourne au prozac depuis des années, tu m’étonnes.

A Lisbonne j’ai couru ce semi-marathon presque nu, sans aucun investissement, sans aucune douleur, sans aucun stress. Cherchez l’erreur. On se fait du mal avec ces codes sociaux sans intérêts, j’en suis persuadé, plus que jamais.

Le marié était venu en short, et ça c’était vraiment trop la classe.

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Chaussure à mon pied

Mes pieds ne sont pas encore capables de courir toutes les distances ni toutes les surfaces. Ça me frustre beaucoup, je veux courir plus. Du coup je triche (je ne devrais pas, tricher n’a jamais rendu service à personne) et je construis mes propres chaussures. 100% certifié vache locale. Avertissement, courir avec des chaussures est dangereux et réservé aux professionnels, n’essayez surtout pas de faire ça chez vous.

Investissement total : 6€. Combien de kilomètres vont-elles tenir ?

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La plage, le café, le soleil et le soutif

Tout un programme ! Et des plus alléchants,  n’est ce pas ?!

La plage

Sur le Semi-Marathon des Sables nous étions au moins 5 sans chaussure. Le sable demande moins de technique que le bitume et le blocage psychologique est moins fort. Sur 350 concurrents, nous étions les seuls à apprécier l’humidité du sable et la froidure de l’eau. Pourquoi Diable les autres sont-ils venus ? De ces va-nu-pieds, je veux garder le souvenir d’au moins deux rencontres passionnantes. Analice, la Brésilienne de 71 ans, qui au mois de mai courait pour la énième fois les 101 km de Ronda. Mais également João, qui il y a de ça dix ans pesait 105 kg et qui pour la première fois cette année a parcouru une épreuve de 100 bornes. Il s’est classé 13ème sur le semi-marathon. Je suis vraiment sensible à de tels parcours, ça me touche profondément. C’est peut-être pour ça qu’il faut continuer à faire des courses.

(210)Sur cette photo, je suis content de voir que ma technique s’affine. Le professeur m’inviterait certainement à plier les genoux encore plus, et à être encore plus vertical au niveau de l’axe tête / épaules / hanches. Mais je progresse et c’est surtout ça qui compte, Rome ne s’est pas faite en un jour. Et puis le sable n’oblige à aucune exigence, on oublie facilement d’être précis. Classement : 28ème/315 (j’étais 80ème à mi-parcours, pour pas rester en plein cagnard trop longtemps, j’ai mis le turbo sur la deuxième moitié)

Bref, une course déchaussée (c-à-d sans montre, sans boisson énergétique, etc, etc, etc…), c’est à chaque fois l’occasion de pousser ma réflexion un peu plus loin. Les deux thèmes choisis cette fois-ci seront : le café et le soleil.

Le café

Pour la première fois depuis que je participe à des compètes (donc depuis 2010), je n’ai pas pris de café avant la course. Ça a l’air con dit comme ça mais c’est un grand pas de fait. Le café est pour moi une vraie addiction (parmi tant d’autres : internet, salaire, …), la première chose à laquelle je pense dès que je me lève. Je n’en bois plus que 2 par jour parce que je me contrôle, mais si je m’écoutais je pourrais tourner à 6 ou 7. Je n’en ai pas besoin pour courir, c’est évident. Mais avant la course il y a toujours ce moment où tu attends le départ et il n’y a rien d’autre à faire qu’attendre, commencer à douter de soi ou alors essayer de penser à autre chose, comme au café par exemple. C’est la définition même d’une addiction. Cette fois-ci, la tête dans le coaltar, sans ambition chronométrique, sur une distance que je connais par cœur, je n’y ai même pas pensé. C’est une bonne chose, il n’y aura plus de café au départ de mes prochaines courses. Sans l’effet psychotrope du jus, je vis ma course pleinement, pour de vrai, sans artifice. L’altération des sens que je recherche tant ne vient plus que de moi même et de rien d’autre.

Le soleil

Ce blog vient souvent questionner notre rapport au sol, à la terre. « Flippez votre race, le sol est dangereux » nous dit-on trop souvent. Profitons de ce marathon sur la plage pour questionner cette fois-ci notre rapport à l’astre solaire. Cancer de la peau, cataracte et yeux brûlés, le discours ambiant nous met grave la pression et nous apprend à flipper du soleil. Mettez de la crème ! Mettez des lunettes ! Achetez ! Consommez ! Flippez ! Craignez cette étoile que je ne saurais voir, cette divinité païenne qui n’a rien de bon à nous offrir, qui ne peut être que mauvaise pour nos chères têtes blondes. C’est exactement la même histoire que la chaussure : on est rentré dans un système pernicieux qui voit dans la nature une menace, qui refuse de comprendre le corps humain mais qui veut trouver toutes les solutions à ses problèmes dans le produit, encore le produit, toujours le produit.

Pour obéir à des codes sociaux à la con, on passe l’année entière dans des fringues qui protègent le corps de la moindre exposition solaire. Se balader torse-nu dans les rues de Paris ou à la fenêtre du bureau doit faire à peu près le même effet que de rentrer sans chaussure chez le banquier. Malheureusement, la protection, comme on commence à le comprendre sur ce blog, affaiblit l’organisme, c’est la règle de base. Sans exposition solaire, pas de production de vitamine D, nécessaire à plein de bonnes choses, DONT, incroyable, la prévention du cancer de la peau !

Mais arrivent les grandes vacances, de nouveaux codes sociaux à la con viennent te mettre la pression, il faut obligatoirement passer sa journée sur la plage à rien foutre, pour être bronzé comme un œuf à la rentrée. Et là, c’est le drame : la peau blanche d’un zombie exposée aux rayons du soleil estival accentué par le reflet de l’océan, la cata complète. Heureusement, on vit une époque formidable, et on peut acheter les crèmes solaires. Certes, mais 90% de ces protecteurs contiennent de l’ « octyl methoxycinnamate » ou du « titanium doxide », tous deux considérés comme nocifs pour l’organisme. En plus de ça, 4 produits sur 5 offrent une mauvaise protection aux UV. On tient le bon bout.

Restent les lunettes de soleil. Certaines recherches suggèrent que porter des lunettes FAVORISE le développement du cancer de la peau. En effet, l’œil serait apte à la lire l’intensité du soleil, et envoyer des signaux à l’organisme afin qu’il adapte sa réaction face à un tel facteur externe, donc en accélérant le processus de bronzage. En le protégeant, on fait croire à l’organisme qu’il évolue dans l’obscurité. Le corps ne développe alors pas la réponse adaptée à l’environnement dans lequel il évolue.

Comme pour la chaussure, crème solaire et lunettes font croire au consommateur qu’il peut se permettre tout et n’importe quoi (courir un marathon ou passer la journée sur la plage revient à peu près au même) du moment qu’il investit dans le produit. D’où des comportements idiots, qui au final font le bonheur des marchands du système de santé. La même histoire que la chaussure. Tout pareil.

Le soutif

Hahaha, le meilleur pour la fin ! Rien à voir avec mon semi-marathon, mais Ito vient de publier un passionnant article sur la question sur son blog à elle. Voilà longtemps déjà que je voulais réfléchir à la question, mais avec un tel sujet de recherche j’ai toujours eu du mal à rester concentré plus de 5 minutes. Et puis, contrairement à la chaussure ou la crème solaire, je ne suis pas en mesure de mettre en pratique le fruit de mes réflexions sur la question. Elle a fait un travail fantastique, ça vaut vraiment le coup de prendre le temps de le lire, tout comme le reste de son blog, vraiment.

« Ôtez aux gens leur autonomie et vous obtenez des consommateurs »

Ce qu’il y a de fascinant dans son article, c’est qu’à partir d’un tout autre accessoire de notre merveilleuse société, elle arrive EXACTEMENT aux mêmes conclusions que celles de la chaussure : soutien inutile d’un organe parfait, pression sociale, méfaits à long terme, système de santé qui s’organise autours de ces méfaits, etc, etc, etc.

On vit comme des ânes (moi le premier), mais tout va pour le mieux, nous sommes l’occident riche moderne et civilisé, ne changeons rien. On n’est pas des sauvages !

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Comment les chaussures ont rendu l’homme inactif

c’est le titre d’un excellent papier pondu par Steven E Robbins sur son site. Selon l’auteur, l’humanité serait devenue fainéante et inactive le jour où elle aurait adopté l’usage généralisé des chaussures.

J’essaye de résumer ici le déroulement de sa pensée :
(et en résumant je simplifie, forcément. Ses allégations sont sourcées et ces sources sont passionnantes.)

– Actuellement, notre société occidentale moderne souffre d’une myriade de troubles de la santé directement dus à un manque d’activité physique. Ces troubles de la santé peuvent affecter gravement notre qualité de vie, voire raccourcir notre espérance de vie.

– Cette paresse, ce manque d’activité physique, dateraient seulement de la Renaissance (entre le XIV et le XVIème siècle selon les pays). Jusqu’alors, l’Homme aurait eu une vie « active », peu souvent assis, mais la plupart du temps debout, et souvent en mouvement. Le mot « sédentaire » est un néologisme qui apparait en Angleterre en 1603 pour désigner « des habitudes qui nécessitent le maintien prolongé de la position assise ». En 1662, le terme a déjà acquis une connotation négative : « personne dépendante de la position assise, qui n’est pas habitué à l’exercice physique ». Ce « sédentarisme » serait donc une habitude nouvelle en Angleterre, puisque un mot est né pour décrire ce comportement.

– La chaise, si elle existe depuis plus 5.000 ans, est plus une marque sociale symbolique choisie par les classes les plus élevées, mais très peu usitée. C’est durant cette Renaissance que la chaise devient omniprésente, au foyer ou sur le lieu de travail, pour toutes les classes sociales. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, la position assise serait devenue la norme.

Pourquoi un tel changement ? L’auteur propose la chaussure comme réponse à cette question. Lire la suite

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Jamel Balhi – Barefoot Rae

« Trois cent soixante-cinq jours se sont écoulés depuis mon départ de Notre-Dame. J’ai fait le tour des saisons mais pas tout à fait de moi-même. Mon territoire est encore parsemé de zones inexplorées. Une année à avaler des kilomètres sur une route chaotique qui mêle splendeur et ferveur. Une année de rencontres passionnantes.

La terre est ronde mais ne tourne pas rond, comme en témoignent mes détours. Comme le disait Andrew rencontré au Caire, « nous sommes nés libres mais enchaînés de toutes parts ».

Si je devais recommencer, je commettrais plus d’erreurs pour apprendre d’avantage. Je me détendrais davantage et me laisserais porter par la houle de l’aventure. Je serais encore plus naïf que je ne l’ai été au cours de ce périple-là. Je ne prendrais rien au sérieux. Je tenterais plus ma chance encore. Je déciderais d’aller plus loin. Je traverserais plus de chaînes de montagnes et plus de déserts. J’admirerais plus de couchers de soleils et je boirais davantage de cafés et de bières. J’aborderais les filles inabordables et leur raconterais des histoires incroyables. Mon imaginaire n’inventerait plus les craintes et les peurs. Je serais de ceux qui vivent en prophète, heure après heure, jour après jour. J’ai connu de sales moments, mais si c’était à refaire j’en traverserais plus encore. En fait, je ne tâcherais de ne vivre rien d’autre que des moments, une suite de moments.

Et si je devais revivre ma vie, je commencerais pieds nus, au printemps et le resterais jusqu’à la fin de l’automne. Je serais heureux. »

Jamel Balhi, dans son livre Les Routes de la Foi, contant l’un de ses nombreux voyages en course à pied, sans sponsor, sans argent, celui-ci allant de Paris à Lhassa. Wahou, j’en reste coi.

Jamel_Balhi_a_Grand_Place
Dans une interview : J’ai commencé à courir pour fuir. Courir pour partir. Fuir la société, fuir les choses qui ne me plaisaient pas, par refus d’une forme de société qui poussait à consommer, à vivre comme des cons, suivre des modes à la con.

Il en est une qui a vraiment fait le choix d’y aller pieds nus, c’est la magnifique Rae. En 2012, à l’âge de 18 ans, la demoiselle a couru les States, sans chaussure, d’une côte à l’autre. Avec la grâce d’une gazelle et la puissance d’un bulldozer, elle vient exploser les clichés à la dynamite. Blanche, Américaine, riche et souriante, elle nous montre combien la course pieds nus est une aventure de plaisirs et de sensations, et non pas une forme de masochisme réservée aux pauvres et aux pénitents.

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Quant à moi, je ronge mon frein et constate sans rien pouvoir y faire la si lente progression de mes petits petons, encore incapables d’aligner plus de 60 bornes par semaine sans commencer à frôler la zone orange…

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