Dustyfoot Satsuki

S’il ne fallait garder qu’un seul film, ça serait sans la moindre hésitation « Mon Voisin Totoro » de Hayao Miyazaki. Je l’ai vu des dizaines de fois, je l’ai imposé à trop de gens autour de moi, et la visite du Musée Ghibli à Tokyo restera un souvenir inoubliable.

Je propose ici une lecture toute personnelle de l’avant dernière scène du film, à l’aune de ma pratique de la course pied- nu.

C’est la scène avec la charge dramatique la plus intense. Mei, qui a tout juste 4 ans, est en colère et a disparu. Sa grande sœur Satsuki, prise de panique et d’inquiétude, part brusquement a sa recherche, en courant de toutes ses forces sur les chemins de campagne.

Pendant plus de quatre minutes (c’est très long pour un film de 85 min), on la voit courir les larmes aux yeux, traverser le paysage rural japonais avec une foulée aussi rapide que possible, longer les rizières, s’essouffler, grimper une colline, la redescendre, sauter par dessus les canaux, ralentir, accélérer, adapter sa course aux spécificités du terrain…

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Puis, à bout de souffle, dépitée, et la nuit commençant à tomber, Satsuki est obligée de s’arrêter. Elle regarde alors ses pieds, et réalise qu’ils sont salement amochés par ses chaussures qui la serrent de trop. Elle décide donc de retirer celles qui lui font violence.

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La course peut maintenant reprendre, et de plus belle. Nu-pied, libre, elle tire ses forces de Mère Nature, ses idées se font plus claires, elle retrouve confiance, l’angoisse laisse place au calme intérieur, à la réflexion et à la prise de décision. Elle comprend que seul Totoro pourra l’aider et elle rajoute 3 minutes de course nu-pied en direction de la colline sacrée.

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Malheureusement, Satsuki n’a jusqu’alors jamais réussi à trouver le chemin qui mène au repaire de Totoro. Les portes du sanctuaire se sont toujours refusées à elle. Mais aujourd’hui, les  pieds nus, épuisée, la perception altérée par la course de longue distance, elle est désormais en mesure d’être réceptive aux « vibrations, aux ondulations et aux signes du monde caché« . Ses pas la guident alors sur le bon sentier, les Yokaïs se montrent à elle, et son pied trébuche enfin sur la bonne racine, celle qui la mène droit dans l’antre du Kami de la Forêt.

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On n’entre dans le temple qu’avec des pieds sales et des intentions pures. Et surement pas l’inverse. La suite est de toute beauté, je n’en dirais pas plus ici.

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Cadeau bonus, une jolie illustration du Château dans le Ciel, du même réalisateur :

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3 commentaires pour Dustyfoot Satsuki

  1. karuiashi dit :

    Totoro , Laputa et Porco Rosso sont les films que je préfère de Myazaki et les deux premiers sont ceux que je revois régulièrement. Bien que Totoro soit un film pour enfants, il possède une poésie qui m’émeut à chaque fois.
    Je n’avais jamais analysé cette séquence de cette manière. Je la vois désormais sous un autre angle. Merci😀

    • merci pour ton retour,
      merci aussi pour ta réflexion sur le marathon sur ton propre site, sans pousser aussi loin que toi la critique, ma seule expérience m’a laissé un poil dubitatif

      • karuiashi dit :

        Et encore, l’article que tu as lu est la seconde version… à froid (la première je l’ai effacée )🙂

        Il y avait longtemps que je ne m’étais pas retrouvé au milieu de tant de gens et le fait que l’on me fasse observé au moins 50 fois que j’étais pieds nus m’a légèrement stressé.

        Habitué à courir sur chemins avec du dénivelé et des changements de foulées constants, le fait de courir sur du plat et du quasi droit pendant autant de temps m’a vraiment tapé sur le système.

        Je ne retenterai pas l’expérience. Par contre l’ultra, me tente vraiment. Mais pour ça il faut que je progresse encore.

        En tous cas, je suis heureux de pouvoir lire quelqu’un d’autre avec qui j’ai en commun une certaine vision de la course à pieds et du monde en général.

        Sur le site de Christian Harberts, courirpiedsnus.com, il y a une rubrique consacré aux témoignages de coureurs pieds nus ou en chaussures minimalistes. Ça a la forme d’un questionnaire qu’il met en ligne ensuite. Si ça te tente, n’hésite pas, les coureur pieds nus et/ou en sandales sont ultra minoritaires.

        Le lien : http://www.courirpiedsnus.com/formulaire-temoignage-de-barefooteur/

        Ce que ça donne une fois en ligne : http://www.courirpiedsnus.com/2013/08/temoignage-karuiashi-coureur-pieds-nus/

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