de la capoeira et de la liberté

musique !

Eu fui, no sonho
no Barracão de Waldémar
a roda de outros tempos
com violão e berimbau
calçado ou descalço
Angola ou Regional

Je suis allé, en rêve,
au barracão* de Waldémar
la roda des temps anciens
avec guitare et berimbao
chaussé ou pieds nus
Angola ou Regional

*barracão est le lieu d’entrainement des écoles de samba et capoeira

capoeira

Au Brésil, la capoeira semble se pratiquer aussi bien chaussé que pieds nus. La mouvance Angola insisterait sur le port de chaussures quand la Regional préférerait le pied libre. Sur son blog « A Roda em Rede« , la doctorante Mariana Marchesi, issue de la capoeira Regional, nous livre sa passionnante analyse de la chose. Une traduction by ma pomme, avec l’aimable autorisation de l’auteure (obrigado).

(…) J’ai rencontré un pratiquant de la capoeira Angola à qui j’expliquais que je venais de la Regional mais que j’appréciais pratiquer l’Angola quand il m’en était donné l’occasion. Il m’a rapidement répondu qu’il arrivera un moment où je devrai choisir mon chemin. Surprise par la radicalité de sa position, j’ai coupé court à la conversation et lui ai répondu que pour le moment je ne faisais qu’expérimenter.

Il m’a alors avertit que je ne pouvais pas m’entrainer pieds nus. Je savais déjà que les écoles Angola recommandent le port des chaussures pour l’entrainement et pour le jeu. Je lui ai demandé quelle en était la raison.

Il m’a donné 2 réponses. La deuxième, d’ordre pratique, était que quelqu’un pourrait m’abîmer le pied par malveillance, en marchant sur mon pied. C’est vrai, bien que ce soit une attitude condamnable, ça peut arriver.

La première réponse est celle qui m’intéresse le plus : l’usage de chaussures dans la capoeira Angola vient du fait historique que les Noirs esclaves n’avaient pas le droit de porter de chaussures. Ils étaient obligés d’être pieds nus en raison de leur condition.

Moi, qui déteste porter des souliers, dans la capoeira comme dans la vie, et qui associe au plaisir de mes pieds nus une bonne part de mon sentiment d’ancestralité africaine, j’ai vu dans cette appropriation du passé un exemple clair du concept de double conscience dont parle Paul Gilroy (2003) : se savoir dans le même temps en dedans et en-dehors de l’occident.

L’affirmation de la dignité du Noir esclave par le discours de la capoeira Angola est faite par une réinterprétation du passé et par l’appropriation d’un symbole d’origine européenne : la chaussure. Il s’agit d’une résistance contre l’occident par l’utilisation d’un symbole provenant de ce même occident.

Je comprends ce discours comme cohérent et légitime, encore plus à la lumière des termes de Gilroy. Cependant, il s’oppose diamétralement à ma propre interprétation du pied nu dans la capoeira. Pour moi, le pied nu symbolise notre ascendance et la culture africaine, il représente le contact avec le sol et la terre, éléments si importants dans les terreiros par exemple. Les pieds en contact avec le sol sont pour moi le lien intime avec la nature et le passé, cette arène où se joue la capoeira. Ce lien est coupé par la chaussure, outil certainement utile dans le quotidien urbain, mais superflu dans le jeu rituel. (…)

On peut donc affirmer, avec quelques exagérations peut-être, que :

  • l’homme blanc des Découvertes aurait inventé les chaussures pour affirmer qu’il n’était pas un singe (cf. Tim Ingold),
  • il aurait interdit ces mêmes chaussures à son esclave, pensant ainsi le maintenir à l’état de « sauvage »  ou « mi-homme mi-singe »,
  • le descendant de l’esclave, faisant fi de la question du singe, aurait décidé de porter ces chaussures pour affirmer quant à lui qu’il n’était pas un esclave !
  • au final tout le monde s’est fait roulé dans la farine et c’est Nike qui remporte le gros lot🙂

De la toute relativité des symboles :

Retirer ses chaussures représente pour moi une certaine forme de liberté : liberté du pied avant toute chose, mais aussi liberté de penser et d’agir selon mes convictions et face à un modèle unique, liberté face à une dictature mercantile devenue folle. Il est intéressant de noter qu’au contraire, la capoeira Angola érige fièrement la chaussure comme symbole de liberté face à l’esclavagiste. De la toute relativité des symboles.

Source : http://mestrado2010.wordpress.com

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3 commentaires pour de la capoeira et de la liberté

  1. karuiashi dit :

    Les anciens esclaves pieds nus d’hier sont devenus via un système d’exploitation mondial globalisé des contributeurs à l’esclavagisme d’autres populations dans des ateliers à bas coûts ailleurs.

    Pour autant, ils ne sont pas vraiment libérés de leurs anciennes chaînes puisqu’il leur faut un système de valeur jadis imposé par le maître pour pratiquer un art né de l’esclavage, la capoeira.

    c’est du moins mon analyse de ce texte.

    Mais quand on voit l’importance de la chaussure comme marqueur social, notamment dans les populations les plus pauvres et les plus déculturées, on voit bien comment la marketing de nike et cie a complètement inverser les valeurs morales.

    Bout de plastique produit pour rien, volé au temps de vie de ceux qui n’ont rien d’autres à vendre qu’eux-mêmes. Vendu à un prix prohibitif, objet de désir et d’intégration sociale, vecteur d’endettement et d’actes délictueux, la chaussure est un moyen pour le capitalisme mondial et globalisé d’imposer son idéologie esclavagiste au travers d’un « style de vie » vanté par la pub.

    Si nous voulons vraiment nous libérer de nos chaînes mentales et ne pas participer à l’exploitation d’autrui, il suffit de ne pas acheter ces chaussures ni de les revendiquer comme symbole de libération.

    C’est si simple, et pourtant c’est loin d’aller de soi…

    • Karuiashi-San !

      c’est à chaque fois fort réjouissant que de lire ta virulente diatribe🙂

      je dois encore rédiger mon témoignage pour courirpiedsnus, mais toutes les bonnes choses prennent du temps n’est-ce pas ?

      si un jour tes chemins te mènent jusqu’au Portugal, ce sera un plaisir d’aller célébrer avec toi quelques sentiers de l’Alentejo profond.

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