Primal (partie I)

Retirer mes chaussures et constater que je cours mieux, plus vite, avec plus de plaisir et sans plus aucune douleur. Courir, tout simplement, et me sentir vivant, entier.

Retirer ses chaussures et faire un tel constat, c’est questionner nos modes de vies modernes, c’est douter des bienfaits du confort et de la protection, c’est croire que ces 10 000 dernières années de progrès nous ont petit à petit amené à vivre en contradiction complète avec notre patrimoine génétique, qui lui est le fruit de plusieurs millions (et milliards) d’années d’évolution et de sélection naturelle. C’est suggérer que la machine est parfaite, mais que l’Homme ne sait plus l’utiliser et est devenu malade et dépressif à cause de ses propres inventions.

Pour le coureur, la chaussure est l’introduction évidente à cette réflexion. Mais on peut calquer la même logique à de nombreuses habitudes de nos vies modernes. L’alimentation est tout naturellement le premier domaine qu’il est urgent de soumettre à une telle grille de lecture.

Que les produits alimentaires industriels chargés de conservateurs, colorants, sels, sucres et huiles raffinés soient mauvais pour l’organisme et le bien-être semble faire consensus. L’Amérique est devenue obèse et mourante en moins de 50 ans grâce au Coca-Cola et aux French Fries de chez Ronald. Que les pesticides et engrais chimiques appliqués aux cultures conventionnelles aillent à l’encontre d’une alimentation saine semble également couler de source.

Mais on peut pousser la logique beaucoup plus loin et revenir plus en arrière, jusqu’à la naissance de l’agriculture, c’est à dire le jour où le principe de sélection naturelle a été enterré. Homo avait pu profiter de 2 millions d’années pour s’adapter à la vie sur terre. Homo Sapiens, c’est à dire Nous, avait déjà 200 000 ans de chasse-cueillette dans les jambes quand il s’est mit à inventer l’agriculture (et la religion en même temps) il y a de ça à peine 10 000 ans : peanuts, une bagatelle dans l’histoire de l’humanité. Son régime alimentaire s’en trouve brusquement et lourdement modifié : il fait des céréales son aliment de base (le pain de ce jour) et la part de glucides dans son régime alimentaire explose. Des études suggèrent que suite à un tel changement, son espérance de vie chute alors, passant de 33 ans (à cause de la forte mortalité infantile, les adultes ayant en fait une espérance de vie d’au moins 39 ans) à 18 ans seulement. Il faudra attendre les années 1900 pour revenir à une espérance de vie de 30 ans, et ce non pas grâce à une meilleure alimentation, mais grâce aux progrès de la médecine ! D’une alimentation variée, frugale, locale et de saison, riche en vitamines et minéraux, graisses, antioxydants, il passe à une alimentation de grains, vides de tout mais bourrés de glucides. Vers l’an 1000, il maitrise le raffinage du sucre, et c’est alors la porte ouverte à toutes les fenêtres et tous les délires gastronomiques.

Tout comme il faut regarder pour quel usage est construit notre pied, il faut donc tenter de comprendre pour quelle alimentation est programmé notre organisme. C’est ce que proposent les différents gourous du « régime paléo », très en vogue outre-atlantique ces dernières années. Ils divergent sur certains points, mais se rejoignent sur les suivants :

– abandonner tous les produits industriels et/ou raffinés
– réduire drastiquement la dose quotidienne de glucide
– réduire, voire abandonner le sucre
– réduire, voire arrêter les « grains » (blé et riz : pâtes, pain, pizza, farine, kellogs, bière…)
– manger abondamment légumes de saison et graines
– manger en quantité viandes, œufs et poissons
– manger en quantité des matières grasses de qualité comme les huiles d’olive extra vierge

La recette peut paraitre surprenante, mais elle est justifiée point par point par Sisson dans son bouquin « the Primal BluePrint ». Je ne referai pas son exposé ici, mais son discours est plus que convainquant. Depuis 6 mois je m’inspire beaucoup de ces idées : patate douce, huile d’olive, brocoli et graines de courges ont facilement remplacé les coquillettes/pesto du soir. J’ai un peu maigri et les gens s’inquiètent autour de moi, mais ils s’inquiètent aussi quand je cours pieds nus donc tout va bien. Je suis revenu aux œufs (de la voisine) pour rééquilibrer mes apports en protéines, car le soja ogm du supermarché me fait flipper ma race.

Difficile de mesurer les effets d’un régime, en tous les cas j’ai l’impression que tout va bien. La veille de mon 50km, je ne me suis pas gavé de spaghetti, mais un tajine varié m’a bien suffit. Ce qui me turlupine, c’est de constater que le Yoga est en désaccord avec certains points de cette diète. L’alimentation animale n’est évidemment pas recommandée, mais ça n’est pas ça qui me chagrine. Surtout, c’est de voir que le pain et les céréales sont hautement considérés, alors que la chose est bannie par les paléos. Qui croire alors ? Il y a tout de même consensus sur les méfaits du sucre et les bienfaits des fruits, légumes et graines.

Cet article a été publié dans Barefoot, courir pieds nus, Philosophie. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

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